FIN DU PREMIER JOUR
ajoute qu'elle ne s'est aperçue de cette perte que dans l'instant. La bonii» nourrice se montre violemment contrariée de ce contre- temps ; elle déplore qu'un accident pareil soit arrivé précisément à une pauvre esclave qui destinait sans doute cet objet au rachat de sa liberté. Syra aussi est affligée, mais pour des raisons dont elle n'aurait pu faire apprécier la gravité à l'indulgente nourrice.
Euphrosyne interroge tous les domestiques, en visite même plusieurs, au grand chagrin de Syra ; puis ordonne de nouvelles recherches dans toutes les parties de la maison où Syra a pu passer. Qui donc aurait jamais pu soupçonner, même pour un moment, qu'un des nobles convives de la table du maître se fût emparé d'un objet quelconque, précieux ou non? La vieille femme de charge en vint donc à conclure que l'écharpe avait été enlevée au moyen de quelque procédé magique, et soupçonna même violemment l'esclave noire, Afra, dont elle connaissait la haine pour Syra, d'avoir employé quelque maléfice pour affliger la pauvre fille. Elle croyait fermement la négresse une véritable Canidia^, car elle était obligée de la laisser souvent sortir seule et pendant la nuit, sous le prétexte d'aller, à l'époque de la pleine lune, cueillir les herbes nécessaires à ses préparations cosmétiques, comme si, cueillies en d'autres temps, ces herbes n'auraient pas possédé les mêmes vertus. Euphrosyne soupçonnait donc Afra de ne sortir ainsi que pour se procurer des plantes vénéneuses, tandis que, dans le fait, ce n'était que pour aller, avec d'autres gens de sa race, se mêler aux hideuses orgies du fétichisme*, ou donner audience aux dupes qui ajoutaient foi à sa science magique imaginaire. Cependant, ce ne fut qu'après avoir abandonné toutes recherches et en se retrouvant seule que Syra, repassant plus tranquillementdans sa mémoire les événements de cette journée, se rappela que Fulvius s'était arrêté, en traversant la cour, à l'endroit précis qu'elle venait elle-même de quitter; puis qu'il avait, aussitôt après, gagné la porte à pas précipités. Elle conçut à l'instant l'idée qu'elle avait laisçé tomber son écharpe en cet endroit et qu'il devait l'y avoir ramassée, car elle considérait comme impossible que, l'ayant reconnue, il eût passé à côté avec indifl'érence. Elle était donc convaincue que le voile se trouvait aux mains de Fulvius. Après avoir longuement réfléchi aux conséquences possibles que cet événement pourrait avoir pour elle, se trouvant hors d'état d'en venir à une conclusion satisfaisante, elle résolut de s'en remettre entièrement à la volonté de Dieu, et chercha ce repos qu'une bonne conscience doit toujours rendre doux et bienfaisant.
Après avoir pris congé d'Agnès, Fabiola s'était retirée dans son appartement : elle y avait reçu de ses deux autres esclaves et d'Euphrosyne les services ordinaires, et les avait congédiées avec plus de jjienveillance qu'elle ne leur eu avait jamais montré. Aussitôt que ses femmes se furent retirées, elle se disposait à s'étendre sur la couche oii nous l'avons déjà vue, quand elle y découvrit, non sans dégoût, le stylet qui lui avait servi à blesser Syra. Elle ouvrit un coUret, y jeta avec horreur l'arme cruelle, et, à dater de ce jour, elle ne s'en servit jamais.
Elle prit alors un volume dont elle avait inle»"rompa la lecture et qui
(1) Sorcière fameuhe du temps d'Auguste.
(2) RHi^ion des tribus de Tinterieur de l'Arrique.
Ir'AB.