‹ FabiolaChapitre 22 sur 113 · FIN DO PREMIER JOUR · texte numérisé non relu

FIN DO PREMIER JOUR

r&vait d'abord beaucoup intéressée; il lui sembla insipide el frivole. Elle le mit de côté et donna un libre cours à ses réflexions sur tout ce qui s'était passé ce jour-là.. Le souvenir d'Agnès lui revint en premier lieu: « Que ma cousine est une étrange enfant I se disait-elle; quel désintéressement ! quelle pureté l quelle simplicité I et eu même temps comme elle est raisonnable, comme elle est sensée même 1 » — Elle prit la résolution de devenir sa protectrice en toutes choses et d'agir avec elle comme sa Boeur aînée. Aussi bien que son père, elle avait été frappée des regards fréquents que Fulvius avait jetés sur elle ; ce n'étiiit pas, à la vérité, de ces regards libertins tels qu'elle-même en avait souvent supporté avec mépris ; mais des regards artificieux et faux qui, dans sa pensée, à elle., décelaient une ruse, un pian dont Agnès aurait pu devenir la victime. Elle résolut de déjouer ce plan, quel qu'il fîit, et en vint, sur Fluvius, à une opinion toute difl'érente de celle que son père avait conçue à son égard. Elle se décida à empêcher l'étranger d'avoir accès auprès d'Agnès, ou du moins dans sa maison, et elle s'en voulut même d'avoir exposé une enfant aussi jeune au contact de l'étrange société qui se réunissait souvent à la table de son père, d'autant plus que les motifs qui l'avaient poussée à le faire étaient, elle ne pouvait se le dissimuler, purement égoïstes. Elle se disait tout cela presqu'au même moment où Fulvius, s'agitant sur sa couche, prenait la résolution de ne jamais franchir de nouveau le seuil de la porte de Fabius, et de repousser ou d'éluder toute invitation qui viendrait de lui.

Fabiola avait sondé le caractère du jeune étranger; elle avait saisi de son œil pénétrant toute l'alTectation de ses manières et la fausseté de son regard. Elle ne pouvait s'empêcher de les comparer à l'air ouvert du franc et généreux Sébastien : « Quel noble jeune homme 1 se disait-elle; qu'il est différent de tous les autres jeuues gens qui viennent ici I jamais un mot léger ne s'échappe de ses lèvres, jamais un regard malveillant ne part de ses yeux où siègent la fçanchise et la gaieté. Comme il est ■*■ sobre à table, ainsi qu'il convient à un soldat ! comme il est réservé, ainsi qu'il convient à un héros, relativement à sa valeur et à ses hauts faits à la guerre, qui font cependant le sujet de tant d'éloges. Oh! s'il pouvait ressentir pour moi ce que les autres prétendent éprouver I... « Elle n'acheva pas sa phrase, mais une mélancoJie profonde sembla s'emparer de son âme tout entière.

Puis la conversation de Syra et les suites qu'elle avait eues se représentèrent à son esprit : le souvenir lui en était pénible, et elle ne pouvait s'empêcher de s'y arrêter ; il lui semblait que le jour qui venait de s'écouler était un jour décisif dans son existence. Son orgueil avait été humilié par une esclave et son humeur s'était adoucie sans qu'elle sût comment. Si les yeux de son intelligence avaient été ouverts à cette heure, s'ils avaient pu s'élever au-dessus des choses du monde, ils auraient vu un nuage léger, semblable à la fumée de l'encens, mais teint des plus riches reflets, monter du chevet d'une esclave prosternée. C'était la prière et le sacrifice volontaire de la viede cette esclave, tous deux soupires en même temps vers le ciel. Ce nuage s'arrêta au marchepied éclatant du trône de la Miséricorde céleste, et retomba comme une rosée de grâce sur lo cœur aride de la jeune païenne.

REUNIONS. . r - ' S5

Miis Fttbiola ne pouvait pas voir (jette mpn/eille, qui cepph(1<mtHi 'e» était pas moins réelle : bientôt, épuisée de fatigue, elle alla chercjtier» le repos. Des rêves déBoIants la poursuivirent, elle aussi. Elle vit iin site ravissant semblable à un jardin brillamment éclairé, comme par h lumière du jour, mais d'un éclat plus doux enc<îrre j t,ôut autour de ce lieu régnaient des ténèbres épaisses. Des fleurs chaTmantes éinaillaient les gazons, des plantes couvertes des plus riches bourgeoffs s'élançaient comme des festons d'arbre en arbre, et ces arbres supportaient des fruits d'or. Au milieu de ce séjour, elle vit, assise sur l'herbe, la jeune aveugle dont le visage rayonnait de bonheur : d'un côté, Agnès avec son regard candide et pur; de l'autre, Syra avec son calme et patient sourire, se penchaient vers elle, et semblaient lui prodiguer des marques de tendresse. Fabiola éprouvait un désir irrésistible d'être avec elles ; il lui semblait qu'elles jouissaient toutes trois d'une félicité qu'elle n'avait jamais connue et dont elle n'avait jamais été témoin. Elle crut voir même que toutes trois lui faisaient signe de venir les rejoindre. Elle s'élança aussitôt, lorsque tout à coup, à sa grande terreur, elle se trouva séparée d'elles par un abîme profond, large et sombre, au fond duquel mugissait un torrent impétueux. Mais voilà que les eaux du torrent s'élèvent par degrés, jusqu'à ce qu'elles' aient atteint le bord de l'abîme; puis, malgré leur profondeur, elles reprennent leur cours et s'écoulent en flots brillants, étincelants et pleins de fraîcheur. Oh ! si elle avait le courage de se jeter dans cette onde qui seule la sépare de l'autre rive ! si elle pouvait y aborder en sûreté! Et cependant ses trois compagnes l'invitent du geste à tenter l'entreprise. Mais, tandis qu'elle demeure au rivage en se tordant les mains de désespoir, voici que Calpurnius semble se détacher de l'obscurité dont elle est environnée; il déploie à ses regards un lourd et large voile chargé de toutes sortes de figures monstrueuses et de hideuses chimères enlacées, entremêlées les UL.es aux autres; ce voile se développe, s'étend et finit par dérobera ses yeux la vision enchantée qui les charmait. Elle s'en afl3ige encore, lorsque tout à coup il lui semble découvrir un brillant Génie (c'est ainsi qu'elle l'appelle du moins) dans le« traits duquel elle croit saisir une ressemblance idéale avec Sébastien, qu'elle avait remarqué se tenant à quelque distance d'un air aflligé: il s'approche d'elle à ce moment, et, tout en lui souriant, il rafraîchit, du battement de ses ailes de pourpre et d'or, le front brûlant de Fabiola , puis la vision se perd dans un sommeil calme et réparateur.

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