ON MOT AU LKCTEUR
cessa de le presser davantage et exprima ses regrets de ce qu'une pareille cause eût été portée devant lui ; enfin celui de Pudens, qui, après avoir lu un acte d'accusation, le déclara irréguiier parce qu'il était calomnieux, et, à ce titre, le déchira.
Nous voyons done, par tous ces faits, l'influence que pouvaient avoir le caractère et peut-être les tendauces des gouverneurs et des juges sur la manière d'appliquer les edits impériaux ue persécution. Saint Auibroise nous appn.'ud que plusieurs gouverneurs se vanU'iieiit d'avoir rapporté de leurs provinces leurs épées vierges de sang chrétien [incruenlos enses).
Nous pouvons donc facilement comprendre comment il se faisait qu'à cerhiines époques une persécution cruelle désoiftt soit la Gaule, soit l'Afrique, soit l'Asie, tandis que la plus grande partie de l'Kglise jouissait de la paix. Cependant Rome était, sans contredit, de toutes les localités la plus exposée à ces explosions fréquentes d'esprit hostile de façon que l'on peut considérer comme un privilège de ses souverains pontifes pendant les trois premiers siècles, d'apporter le témoign^ige de leur sang à la foi qu'ils enseignaient. Etre élu Pape était équivalent à être voué au martyre.
A l'époque où s'ouvre notre récit, l'Église était dans un des plus longs intervalles de cette paix relative qui lui permettant de prendre un grand développement. Depuis la mort de Valérien, arrivée en 268, il n'y avait pas eu de nouvelle persécution formelle, bien que ce laps de temps eût été illustré par plus d'un martyre. Durant de pareilles périodes, les chrétiens étaient à même de mettre en pratique leur système religieux dans son entier et même avec une certaine splendeur. La cité était divisée en districts ou paroisses, chacune ayant sou Hire, c'eot-à-dire sou église, desservie par des prêtres, des diacres et des ministres inférieurs. Les pauvres étaient soulagés, les malades visités, les catéchumènes instruits; les sacrements étaient administrés, les devoirs du culte quotidien s'acccmplissaient. et les canons péuitentiaux étaient mis en vigueur par les prêtres de chaque église; des collectes étaient faites pour toutes ces fins et pour toutes celles qui se rattachent à la charité religieuse et à l'hospitalité qui en est la conséquence. 11 est rapporté que, en 250, sous le pontificat de Corneille, il y avait à Rome quarante-six prêtres et cent cinquantequatre ministres inférieurs qui étaient, ainsi que quinze cents pauvres, supportés par les aumônes des fidèles i. Ce nombre de prêtres correspond à peu près à celui des titres qui existaient alors dans Rome, à ce que nous apprend saint Optât.
Bien que les tombeaux des martyrs dans les catacombes continuassent à être l'objet de la dévotion durant ces périodes plus paisibles, et que ces asiles des persécutés fussent tenus en bon ordre et soigneusement réparés, cependant on ne s'en servait plus alors comme places ordinaire du culte. Les églises dont nous avons parlé ci-dessus ét^iieut souvent publiques, grandes et même spleudides; les païens assistaient parfois aux sermons qui s'y prononçaient, ainsi qu'à celles des parties de la liturgie qui se célébraient sous les yeux des catéchumènes. Mais, en général, les églises étaient situées dans les maisons particulières ; il est problable que l'on employait à cet usage les triclinia, c'est-à-dire les plus grandes salles que renfermassent alors les demeures les plus opuieules. Les traditions nous
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