‹ FabiolaChapitre 42 sur 113 · LA CHUTE · texte numérisé non relu

LA CHUTE

— Va-t'en, va-l'en, cria d'une voix lamentable le pécheur dévoré de remords. Ils me pardonneront. Dieu..,.

— Silence ! ne prononcez pas ce nom; vous êtes un homme déshonoré, un parjure, un être à jamais perdu. Vous voilà devenu mendiant, demain vous devrez aller implorer un morceau de pain de la pitié des passants. Vous êtes un proscrit, vous êtes un jtucur prodigue et ruiné. Qui est-ce qui voudra vous regarder encor .' Seront-ce vos amis les chrétiens? Non, certes. Et cependant vous l'êtes, chrétien ; et pour ce nom, vous serez mis à mort, hvré aux supplices les plus atroces, et néanmoins, aucun de vos Irères en religion ne vcas vénérera comme un martyr. Vous n'êtes qu'un hypocrite, Torquatus, et rien de plus.

— Qu'est-ce qui me torture ainsi ? s'écria celui-ci en levant la tête — Fulvius était là devant lui, les bras croisés « Et quand bien même tout cela serait vrai, lui ditTorquatus, que vous importe à vous? Qu'avezvous à me dire encore ? »

— Beaucoup plus que vous ne pensez. Vous vous êtes trahi et livré à moi complètement. Je suis maître de votre argent — et il agita à ses yeux la bourse de Fabiola — je le suis encore de votre réputation, de votre repos, de votre vie. Je n'ai qu'à faire connaître à vos coreligionnaires ce que vous avez fait, ce que vous avez dit, ce que vous avez été cette nuit, et vous n'oserez plus regarder en face un seul d'entre eux. Je n'ai qu'à lâcher sur vous « ce grossier, ce brutal » comme vous venez de le nommer, mais qui n'en est pas moins le fils du préfet de la cité — et nul autre que moi ne peut le retenir, après l'insulte que vous lui avez faite — et demain vous serez traîné au pied du tribunal de son père, pour y mourir au nom de cette religion que vous avez trahie et déshonorée. Et maintenant, êtes-vous encore si pressé, joueur ivre et chancelant sur vos jambes, êtes-vous si pressé de vous rendre au Forum pour y représenter le christianisme devant le tribunal?

Le malheureux n'avait pas le courage d'imiter le repentir de l'enfant prodigue, après l'avoir imité (•in s ses fautes. En lui l'espérance était éteinte, car il était retombé dans son péché capital, et la voix même des remords demeurait muette. Plongé dans ses réflexions, il en fut tiré par Fulvius qui lui demandait: « Eh bien! votre choix est-il fait? Voulez-vous retourner parmi les chrétiens, ce soir, dans l'état où vous êtes, ou comparaître demain au tribunal? Choisissez l'un de ces deux partis.»

Torquatus leva sur lui des yeux éteints, et d'une voix faible il balbutia : « Ni l'un ni l'autre. »

— Alors, qu'allez-vous faire? continua Fulvius en fascinant la victime de son regard de faucon.

— Tout ce que vous voudrez, dit Torquatus, pourvu que ce ne soit pas l'une de ces deux choses.

Fulvius vint s'asseoir auprès de lui, et lui dit d'une voix douce et insinuante : « Eh bien I Torquatus, écoutez-moi : faites ce que je vais vous dire, et tout peut se réparer. Vous aurez une demeure élégante, une table exquise, une toilette recherchée, et, bien plus, de Targenî pour jouer, si vous voulez suivre mes instructions.

— Quelles sont-elles?

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