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l'invisible ? avait-il été soumis à cet examen sévère dont avaient parlé Sébastien et Syra? Impossible 1 Mais alors qu'était-il devenu? La jeune fille frémit à cette pensée, et chercha à s'y dérober.
Oh I que n'eût-elle pas donné pour qu'un rayon de cette lumière inconnue, perçant les profondeurs mystérieuses du tombeau, lui eût montré ce qu'il était I La poésie avait prétendu éclairer ces abîmes, elle avait tenté môme de les glorifier ; mais en vérité, elle n'avait pu en franchir le seuil, et était restée à la porte comme un génie emblématique, la tête pendante et la torche renversée. La science aussi avait voulu y jeter un regard ; mais elle en était sortie hâve et étiolée, ses ailes ternies et sa lampe éteinte au contact empesté de cet air fétide — la science n'avait trouvé que des chairs décomposées et corrompues. La philosophie s'était hasardée tout au plus à rôder autour.de ce mystère terrible, et à y jeter un regard timide et craintif; mais elle avait reculé bientôt, et par ses vains discours ou ses mépris affectés, elle avait reconnu son impuissance à résoudre le problème, à dévoiler le mystère. Oh ! que n'eût-elle pas donné pour que quelque chose ou quelqu'un la pût tirer de cette désolante perplexité I
Tandis que ces pensées gonflent le cœur de Fabiola dans un triste silence, son esclave jouit de la vision de lumière, qui surgit revêtue d'une forme mortelle, radieuse et translucide, des profondeurs du tombeau où elle a laissé derrière elle les qualités grossières de la matière, sans toutefois détruire l'essence de sa nature. Elle est idéalisée et libre, elle est aimable et glorieuse, et pourtant elle sort d'un foyer d'infecte corruption. Et cette vision n'est pas unique, elle se répète, elle se multiplie ; l'une surgit des entrailles de la terre, l'autre des abîmes de la mer ; du cimetière méphitique et du pied de Fautel consacré; du fond du taillis ombreux et écarté où un juste est tombé victime d'un meurtre solitaire, comme des anciens champs de bataille où Israël combattait pour Dieu. Comme le jet d'eau limpide s'élance dans les airs, comme la fusée monte et se perd dans les cieux, ainsi s'envolent radieuses les âmes des justes, jusqu'à ce que, groupées et réunies par millions, elles repeuplent la création et commencent une nouvelle vie, joyeuse et élernelle. Et comment sait-elle cela? Parce qu'il en est Un, plus grand et meilleur que les poètes, que les sages et que les philosophes, Qui en a fait le premier l'épreuve, Qui le premier est descendu dans la couche ténébreuse de la mort, Qui l'a bénie comma Il avait béni le berceau et comme II avait sanctifié l'enfance, rendant ainsi la mort une chose sainte, et faisant du tombeau un sanctuaire. Il y est entré durant les ténèbres du soir, et il en est sorti dans les splendeurs du matin: Il y a été déposé dans un linceul embaumé d'aromates, et II en est sorti vêtu de sa seule iucorruptibilité, radieuse et céleste. Et, à partir de ce jour, la tombe a cessé d'être un objet de crainte pour l'âme chrétienne, car elle a continué d'être ce qu'il l'avait faite — le sillon dans lequel doit être jetée la semence de l'immortalitéy
Le teiups n'était pas encore venu de parler de pareilles choses & Fabiola. Elle continuait à. se désoler, comme se désolent ceux dont le cœur est fermé à l'espoir. Ses journées s'écoulaient dans de longues et lugubres meditations sur le mystère de la mort; mais bientôt d'autres soins vinrent fort heureu?ement la relever de ses angoisses. Le cadavre de Fabius arriva d'Ostie, et on lui prepaid des funérailles telles que Rome eu voyait
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alors rarement. Cortège funèbre éclairé de torches et que décoraient les images en cire des ancêtres de Faoius ; bûcher gigantesque de bois aromatiques et arrosé des plus préciaux p:rfums de l'Arabie, tout fut prodigué par Fabiola pour ne recueillir, après tout, que quelques poignées d'ossements calcinés, qui, lorsqu'ils eurent été déposés dans une urne d'albâtre, portant le nom de celui auquel ils avaient appartenu, furent Dlacés dans une niche de la sépulture de famille.
Calpurnius prononça l'oraison funèbre, dans laquelle, conformément aux idées alors à la mode, il s'attacha à faire ressortir le contraste des vertus de l'industrieux et hospitalier citoyen avec la fausse moralité de ces hommes appelés chrétiens, qui priaient et jeûnaient tout le jour, insinuaient traîtreusement leurs dangereux principes dans toutes les familles nobles, et répandaient la fourberie et l'immoralité dans toutes les classes de la population. « Fabius, s'écria l'orateur, s'il est vrai qu'il y ait une existence future — et sur ce point les philosophes sont loin d'être d'accord. — Fabius, en ce moment, repose mollement couché sur les gazons embaumés des Champs élyséens, s'enivrant du plus pur nectar. Ohl continua d'une voix émue le vieil hypocrite, qui eût été bien fâché d'échanger un gobelet de vin de Faierne con tie une amphore ^ de ce breuvage divin, — oh! que les dieux daignent hâter les jours oh moi, son humble client, je pourrai le rejoindre dans ce lieu de repos plein de fraîcheur et m'associer â ses sobres banquets ! » Ces nobles sentiments soulevèrent dans l'auditoire de sympathiques applaudissements.
A ces soins en succédèrent d'autres. Fabiola fut obligée d'appliquer toute son intelligence à examiner et à régler les affaires très-compliquées de son père. Que de fois, pendant ce travail, ne découvrit-elle pas avec douleur la trace de transactions qui lui semblaient injustes, frauduleuses I Que de preuves d'exactions et d'oppressions commises par celui que le monde applaudissait et louait comme le plus honnête et le pliis intègre des fournisseurs publics l
Quelques semaines s'écoulèrent ainsi; puis Fabiola, vêtue de deuil, sortit pour aller visiter ses amies. La première visite entre toutes fut pour sa cousine Agnès.