‹ FabiolaChapitre 70 sur 113 · LA PREMIERS FLEUR · texte numérisé non relu

LA PREMIERS FLEUR

— n faudra que je vous dise la vérité sans vous regarder, répondit la pauvre fille ?ivec son plus aiiectueux sourire et éa. voi:L la plus douce; ne voyez-vous pas que je suis aveugle?

— Aveugle 1 s'écria d'une voix unanime la foule qui l'entourait. Et l'impression d'une émotion à peine visible passa sur les traits da Fulvius, comme l'ondulation passagère des blés déjà mûrs sous le soufQe du zéphyr. Un indice avait traversé son esprit, un fil était tombé sous sa main pour le guider dans ce dédale.

— Il serait ridicule, dit-il, que vingt soldats traversassent toute la ville pour escorter une prisonnière aveugle. Retournez à votre quartier, et j'aurai soin de vous faire donner une bonne récompense. Vous, Corvinus, prenez mon cheval, et précédez-moi auprès de votre père pour lui rendre compte de tout ce qui s'est passé. Je vous suivrai sur un char avec la prisonnière.

— Pas de trahison, Fulvius, dit le fils du préfet, mortifié et furieux. N'oubliez pas de nous l'amener. Il ne faut pas que le jour se passe sans un sacrifice.

— Ne craignez rien, fut la réponse.

Fulvius, en ce moment, se demandait si, ayant perdu un espion, il ne ferait pas bien de tâcher d'en trouver un autre. Mais la calme sérénité de la pauvre mendiante l'embarrassait plus que le zèle bruyant du joueur, et ses yeux sans lumière le bravaient bien mieux que les regards inquiets du buveur. Quand il se trouva seul avec elle sur le char, il prit un ton adouci et sachant qu'elle n'avait point entendu son dernier dialogue avec Corvinus, il lui dit :

— Ma pauvre fille, depuis combien de temps êtes-vous aveugle?

— Je n'ai jamais vu la lumière, répondit-elle.

— Quelle est votre histoire? D'où venez- vous?

— Je n'ai pas d'histoire. Mes parents étaient pauvres et m'ont amenée à Rome quand j'avais quatre ans : ils venaient à la ville afin d'accomplir un vœu qu'ils avaient fait pour obtenir des saints martyrs Chrysanthus et Daria ma guérison d'une grave maladie. Ils m'ont laissée à la charge d'une pauvre femme infirme, à la porte du titre de Fasciola, tandis qu'ils allaient faire leurs dévotions. C'était dans cette mémorable journée où tant de chrétiens ont été ensevelis vivants sous les pierres et la terre qu'on a jetées sur eux. Mes parents eurent le bonheur d'être de ce nombre.

— Et comment avez- vous vécu depuis?

— Dieu est devenu dès lors mon unique p^re, et son Eglise catholique ma mère. L'un nourrit les petits oiseaux qui voient dans les airs; l'autre prend soin des brebis faibles et souûrantes de son troupeau. Jamais je n'ai manqué de rien.

— Mais vous marchez librement dans les rues, et sans crainte aucune, absolument comme si vous y voyiez.

— Comment savez-vous cela?

— Je l'ai vu. Vous rappelez-vous un certain jour de l'automne dernier, où, de très-grand matin, vous avez conduit un pauvre homme impotent dans le viens Patricius?

Gœcilia rougit et garda le silence. Elle craignait qu'il ne lui eut vu

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