LA RÉSURRECTION
— C'est bien aimable à vons, Afra, de songer ainsi à moi, d'autant plus que je ne songeais guère à vnms en ce moment, mais bien à vos compatriotes qui hurlent là-bas dans leurs cellules.
— Allons, trêve' d'impertinences, et appelez les gen? par leur nom. Je ne suis plus Afra, l'esclave; du moins, j'aurai cessé de l'être dans quelques heures, pour devenir Jubila, la femme d'Byphax, le commandant des archers mauritaniens.
— Homme très-respectable, sans nucun doute, et qui n'a qu'un tort, celui de parler un jargon inintelligible. Du reste, ce? quelques heures BufiBront pour l'affaire dont j'ai ô vous parler. Vous vous êtr-s trompée quelque peu, il me semble, en dis.ant tout h l'heure que je m'étais montré ridicule à notre dernière entrevue. Cela n'est pas exact; c'est vous qui m'avez rendu ridicule. Que sont devenues toutes les belles promesse? que vous m'avez faites, en échange de mon argent bien plus beau que je vous ai remis? Mon argent était de bon aloi, vos promesses se sont envolées comme la poussière.
— Fort bien; mais vous ignorez un proverbe de mon pays, qui dit que « la poussière du bord de la robe d'un homme sage vaut mieux que l'or de la bourse d'un sot. » ]\fais venons au fait : est-ce que, par hasard, vous auriez jamais cru un instant au pouvoir de mes charmes et de mes philtres magiques?
— Comment I si j'ai cru? mais, certes; voudriez-vous dire que c'était autant d'impostures?
— Pas tout à fait; vous voyez bien que nous nous sommes débarraseées de Fabius, et que la jeune fille se trouve seule en possession de sa fortune. C'était là un grand point et de première nécessité.
— Eh quoi I voudriez-vous me faire croire que par vos sortilèges vous avez fait disparaître le père? demanda Corvinus en tressaillant et s'éloignant d'elle. Afra, profitant du succès inespéré qu'avait eu son audace, continua sans hésiter:
— Certainement : cela vous étonne ? 11 n'est cependant pas difiicile de . se débarrasser des gens qui vous gênent,
— Bon soir, bonne nuit, dit-il en reculant tout effrayé.
— Attendez donc un moment, répondit-elle d'un air de compassion. Cette nuit-là, C-orvinus, je vous ai donné deux conseils qui valent pins que tout l'or que vous avez jamais possédé. Eh bien, de ces conseils, vous n'avez pas suivi l'un, et vous avez agi directement à rencontre de l'autre.
— Comment cela ?
— Ne vous avais-jQ pas conseillé de ne pas pourchasser les chrétiens, mais de les faire tomber adroitement dans les pièges que vous pouviez leur tendre? Fulvius l'a bien emploj^é, ce moyen-là, et il y a gagné quelque chose; taudis que vous, qui avez fait le contraire, qu'en avezvous retiré?
— Oh ! rien que de la rage, de la confusion et des coups d'étrivières.
— Donc, j'étais une sage conseillère en vous donnant ce premier avis ; passons au second.
— Quel est-il ?
— Je vous conseillais après vous être bien enrichi de? dépouilles de»