‹ FabiolaChapitre 97 sur 113 · XXVIII. — LA JOURNEE CRITIQUE. PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

XXVIII. — LA JOURNEE CRITIQUE. PREMIERE PARTIE

Il y a des journées critiques dans l'existence d'un homme comme il y a des journées critiques dans l'existence de l'humanité, et ce ne sont pas seulement les journées de Marathon, de Cannes et de Lépante, dont un résultat différent de ce qu'il a été aurait pu influer tout différemment sur les destinées sociales ou politiques de l'humanité. Il est probable que Colomb n'aura jamais oublié le jour et même l'heure précise où fut prisa la décision qui assura au monde ce qu'il lui promettait et ce qu'il lui donna, ce qui lui assigna à lui-même la place illustre qu'il occupe parmi les illustrations humaines; de même pour chacun de nous, quelque humble et insignifiante que soit sa personnalité, nous avons eu tous notre jour critique; nous avons eu tous un jour, une heure, un instant qui a décidé de toute notre existence, un jour providentiel, qui a modifié notre position personnelle et nos relations avec les autres; un jour de grâce, dans lequel l'esprit Ta emporté sur la matière. De quelque manière que ce soit, toute âme, comme Jérusalem 2, a eu son jour.

Et il en était ainsi de Fabiola. Pour elle, tout s'était mis d'accord afin d'amener une crise salutaire. L'empereur et l'esclave, son père et son hôte, les bons et les méchants, les chrétiens et les idolâtres, les riches comme les pauvres, la vie et la mort, la joie et le deuil, le sourire et les larmes, la science et la simplicité, le silence et la conversation — tout enfin s'était converti en agents, qui poussaient son esprit dans des voies opposées, mais qui toutes dirigeaient son àme noble et généreuse — quoique impétueuse et altière — dans la même voie, comme la brise et le gouvernail luttent ensemble, uniquement pour maintenir le navire dans le droit chemin. Par quelle puissance sera déterminée la résolution de ces forces contradictoires? La clef de ce problème n'est pas du domaine de l'intelligence humaine : c'est la sages^-.e et non la philosophie qui doit le décider. Nous evoay rapporté des événements qui se passaient à la date du 20 janvier; aoe le lecteur examine un calendrier, le lendemain de cette date, il reconnaîtra aussitôt que ce jour doit être d'une grande importance dans notre récit.

Au sortir de l'audienca, Fabiola se retira dans 1 :s appartements d'Irène, où elle ne trouva que la désolation et les larmes. Elle sympathisait complètement avec la douleur qui éclatait autour d'elle ; mais elle vit et sentii qu'il y avait une différence entre sou affliction et la leur. On voyait percer

(1) Les gr pflu ôgoût» de Rome.

(g) Ohl si toi aussi, tu dusses connu, daus cetle tieoue jouni^. H. Luc, xix, 19.

t40 LA JO(ja;^«^B CRïTTQTJll,

l'espérance à travers I^mts larmes, il y avait une sorte de joie dans leur détresse; les nuages qui assombrissaient leurs pensées s'illuminaient par intervalles d"uu vif rayon de soleil. Sa douleur, à elle, était morne et sombre; c'était une nuit épaisse et ténébreuse qui pesait sur son esprit; il lui semblait qu'elle avait fait une perte irréparable. Son désir de s'in;*truire dans le christianisme, qui se confondait en elle avec l'idée de quelque chose d'aimable et d'intelligent, ce désir semblait éteint. Celui-là seul qui aurait pu l'éclairer et dont elle eût reçu les enseignements avec joie, celui-là n'était plus. Quand la foule se fut retirée du palais, Fabiolaprit affectueusement congé de la veuve et de ses filles, mais sans pouvoir s'expliquer ce qui se passait en elle ; il lui semblait qu'elle ne pourrait jamais avoir pour la païenne l'affection qu'elle ressentait pour sa sœur.

Seule, assise dans sa chambre, elle essaya de lire ; elle prit successivement tous les livres qu'elle aimait le plus et qui traitaient de la mort, de la fortune, de l'amitié, de la vertu; mais tous lui semblaient également insipides, vides et faux. Sa mélancolie devint de plus en plus profonde et se prolongea jusqu'au soir. Une lettre qui lui fut remise vint ia tirer de sa rêverie. L'esclave grecque, Graja, qui l'avait apportée, se retira à l'autre extrémité de la salle, stupéfaite et effrayée de ce q^ji'elle venait de voir. Car, à peine Fabiola avait-elle parcouru le billet, qu'elle poussa un cri étouffé, se leva d'un seul bond, et, sans respect pour sa belle chevelure, se mit à presser son front et ses tempes avec la violence du désespoir. Ses yeux démesurément ouverts étaient sans regard ; elle se laissa retomber sur son fauteuil, en faisant* entendre un sourd gémissement. Elle y resta comme anéantie pendant quelques minutes, tenant dans seà deux mains la lettre fatale, les bras inertes comme si elle n'avait pas conscience de ce qu'elle faisait, ni de ce qui se pa-ssait autour d'elle.

— Qui a apporté cette lettre? demanda-t-elle enfin.

— Un soldat, madame, répondit la suivante.

— Faites-le entrer.

Fabiola profita de l'absence de Graja pour se remettre et réparer le désordre de sa coiffure et de ses vêtements. Quand le soldat parut, le dialogue suivant s'établit entre lui et la jeune patricienne :

— D'où venez-vous ?

— Je suis de garde à la prison TuUienne.

— Qui vous a donné cette lettre ?

— La jeune Agnès elle-même.

— Elle est donc en prison, la pauvre enfant! Et pour quel motif?

— Sur l'accusation d'un homme, nommé Fulvius, qui l'a dénoncée comme chrétienne.

— Pour aucune autre cause?

— Pour aucune autre, j'en suis sûr.

— Pour ce cas, l'affaire sera bien vite arrangée; je puis donner la preuve du contraire. Dites à Agnès que je cours à l'instant à la prison, et prenez ceci pour votre peine.

Le soldat se retira, et Fabiola demeura seule. Quand il fallait agir, son esprit reprenait tout d'un coup son énergie et se concentrait dans cetta seule pensée, jusqu'à ce que la tendresse de son àme impressionnable reprit le dessus, pour lui faiie sentir plus douloureusement ses peinta.

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Elle s'CTûveloppa précipitamment dans son manteau et se rendit seule à la prison. On la conduisit dans une cellule particulière, qu'Agnès avait obtenue, en considération de son rang — en considération surtout des largesses qu'avaient faites ses parents pour obtenir une pareille faveur.

— Que sigûifie ceci, Agnès? demauda-t-elle vivement, après avoir embrassé avec effusion la douce captive.

— Cela signifie que j'ai été arrêtée il y a quelques heures, et conduite ici.

— Ce Fulvius a donc été assez stupide et assez indigne pour porter contre vous une accusation aussi absurde, accusation que je vais confondre avant cinq minutes? Je vais de ce pas chez Tertullus contredire d'emblée cette ridicule accusation.

— Quelle accusation, mon amie?

— Mais celle qui est portée contre vous. Ne prétend-on point que vous êtes chrétienne?

— Eh. bien, mais je le suis, grâces à Dieu ! répondit Agnès en faisant le signe de la croix.

Cette déclaration inattendue parut ne produire sur Fabiola aucune impression. Au lieu de la frapper comme un coup de foudre, de la stupéfier, de l'irriter, de l'étonner, cette nouvelle la laissa impassible. La mort de Sébastien avait ôté à un pareil aveu tout ce qu'il aurait eu d'amertume pour elle quelques jours avant. Elle avait constaté que la foi chrétienne existait dans un homme qu'elle s'était f)!u à considérer c^mme le type de toutes les vertus mâles et guerrières ; e»le n'était donc pas surprise de retrouver cette même foi dans Agnes, qu'elle avait cbérie de tout temps comme le modèle de la perfection féminine. L'élévation simple et sublime de cette enfant, sa candide innocence, sa bonté angélique et toujours égale, avaient, dès longtemps, provoqué chez Fabiola presque de l'adoration. Cette découverte diminuait les dillicultés secrètes qu'elle éprouvait; elle la rapprochait de la solution de son problème. Elle avait cru jusque-là que ces deux plantes si belles n'étaient que le produit du hasard; elle voyait en ce jour que toutes les deux avaient puisé la vie à la même semence. Elle baissa la tête en signe de vénération pour l'enfant, et lui dit :

— Depuis combien de temps êtes-vous chrétienne?

-— Je l'ai toujours été, chère Fabiola ; j'ai sucé les principes du christianisme avec le lait de ma mère.

— F^t vous me 1 avez caché, à moi !

— C'est que je voyais combien étaient violents vos préjugés contre nous; vous nous aviez en horreur, vous croyiez que nous pratiquions les superstitions les plus absurdes, que nous commettions les plus odieuses abominations. Je voyais que vous nous méprisiez comme inintelligents et grossiers, mal élevés, sans philosophie ni raison. Vous eussiez refus' d'entendre prononcer la moindre parole en uttre faveur ; et le seul ob^et de haine que cotinût votre esprit généreux, c'était le nom même de chrétien.

— C est vrai, ma chère Agues ; et cependant je crois que, ai j'avais su que vous fussiez chrétiens, vous et Sébastien, je n'aurais pu avoir cette haine pour votre doctrine. J'étais prête à tout aimer en vous.

242 LA JOURNÉE CRITIQUIS.

— Vous le croyez aujourd'hui, Fabiola; mais vous ne connaissez pas la force d'un préjugé universel, l'autorité d'une imposture chaque jour répétée. Que de nobles esprits , de brillantes intelligences, de cœurs aimants, se sonL laissés égarer au point de croire de bonne foi que nous sommes ce que nous ne sommes pas, c'est-à-dire la race la plus abominable qui ait jamais souillé la face de la terre !

— Eh bien, Agnès, c'est de l'égoïsme de ma part, que de discuter froidement avec vous, dans la situation où vous vous trouvez. J'espère bien que vous allez obliger Fulvius à prouver que vous êtes chrétienne.

— Oh I certes, non, chère Fabiola; je l'ai déjà reconnu, et je compte renouveler ma confession en public, demain matin.

— Demain matin 1 — Comment, demain? demanda Fabiola épouvantée de la pensée que le jugement pouvait suivre l'arrestation de si près.

— Oui, demain. Pour prévenir les manifestations et les clameurs auxquelles mon procès pourrait donner lieu (quoique je sois convaincue que peu de personnes s'intéressent à moi), je serai interrogée de fort bonne heure, et on procédera avec moi d'une manière sommaire. N'estce pas là une bonne nouvelle, mou amie? demanda Agnès en saisissant avec vivacité les mains de sa cousine. Puis soudain, levant vers le ciel un de ces regards extatiques dont elle avait l'habitude, elle s'écria : « Et voilà ce que j'ai si longtemps désiré, je le vois; ce que j'ai si ardemment espéré, ie le tiens; je me sens déjà unie dans le ciel à Lui seul, à Celui que j'ai'aimé sur cette terre avec toute la dévotion de mon âme^ Oh I n'est-il pas d'une incomparable beauté, Fabiola , plus beau mille fois que les anges qui l'entourent? quelle douceur dans son sourire I quelle -uansuétude ! quelle bonté infinie dans toute l'expression de son visage I Et cette mère, si douce et si pleine de grâces, qui l'accompagne toujours, notre reine et notre maîtresse, qui l'aimo, Lui seul, avec quelles instances elle m'invite à me joindre à elle pour faire partie de sa suite glorieusel Je viens ! je viens I — Ils sont partis, Fabiola ; mais ils reviendront demain matin au point du jour ; au point du jour, entendez-vous? et alors j'irai vers eux, et nous ne nous séparerons plus jamais î" »

Fabiola sentit son cœur se fendre et s'épanouir, comme si un élément nouveau y était entré. Elle ne savait pas ce que c'était, mais il lui semblait que c'était quelque chose de plus doux qu'une simple émotion humaine. Elle n'avait pas encore entendu prononcer le nom de « grâce. » Agnès, toutefois, remarqua le changement favorable qui venait de s'opérer dans l'esprit de Fabiola, et en rendit grâces à Dieu du fond de son cœur. Elle pria sa cousine de lui faire une seconde visite le lendemain matin, avant l'aurore, pour recevoir ses derniers adieux.

Cependant, il y avait délibération dans la maison du préfet, entre ce digne fonctionnaire et son digne fils.

— Certainement, disait le magistrat, si la vieille sorcière a dit vraf 6ur un point, elle a dû le dire également sur l'autre. Je sais, par expérience, combien est grande la puissance de l'or, pour avoir raison d'une résistance quelconque.

— Et vous conviendrez aussi, répliqua Corvinus, que parmi les gens

(1) • Bcce quod eoncuptvi Jam rideo, quod iperavijcm teneo; ipti tum unete naevt m terru 9»»ita toia âevciione d'ierl. - (Office de sainte Agnes.)

PREMIÈRJ: PARTm. 243

qui aspiraient .'ï la main de Fabiolaet que nous venons d'énumérer, il n y en avait pas un seul qui ne fût plus épris de sa cassette que de sa personne.

— En vous comptant sans doute, mon cher Corvinus?

— Je n'en disconviens pas, jMais il n'en sera pas de même, je suppose, si je parviens à lui offrir, en même temps que ma personne, l'immense fortune de la noble Agnès.

— De plus, il me semble que ce sera un excellent moyen de s'emparer dd son esprit, que Ton dit être généreux et élevé. Lui offrir ces richesses sans aucune condition, puis vous offrir vous-même, ce sera la placer entre cette double alternative ou de vous accepter pour époux, ou bien de vous restituer les richesses.

— Admirable, mon père 1 Je n'ai jamais connu de lemme qui ait choisi la seconde alternative. Mais croyez-vous qu'il n'y ait pas moyen de réussir sans l'aide de Fahiola?

— Impossible. Naturelleuient, Fulvius réclamera sa part ; et il ne serait pas extraordinaire que l'empereur déclarât qu'il a l'intention de garder le tout pour lui, car il a Fulvius en haine. Mais, si je proposais un plan plus légal et plus raisonnable, si je proposais de céder toute la fortune d'Agnès à sa plus proche parente, à une femme qui adore les dieux? Fabiola le» adore, n'est-ce pas?

— Certainement, mon père.

— Je suis sûr qu'il accepterait cette idée. D'autre part, je suis bien assuré qu'il ne me ferait jamais de présent spontané et volontaire. Une proposition pareille de la part d'un juge le mettrait en fureur.

— Comment donc vous y preudrez-vous, alors, mon père?

— Je vais pendant la nuit préparer un décret impérial, et le rédiger de manière à ce qu'il ne reste plus qu'à y mettre la signature. Immédiatement après l'exécution, je me rendrai au palais, et je représenterai à l'empereur, en exagérant beaucoup, combien cet acte de rigueur est impopulaire. Je rejetterai toute la faute sur Fulvius, et je démontrerai comment, en accordant toute la propriété aux plus proches parents de la suppliciée, l'empereur augmenterait son influence et sa gloire. 11 est aussi vain que cruel et rapace, et le premier de ces vices imposera peut-être silence aux autres.

— Rien de mieux, mon cher père ; je vais aller, grâce à vous, reposer avec l'esprit tranquille. Demain sera le jour critique de ma vie. Tout mon avenir dépend de l'acceptation ou du rejet de ma demande en mariage.

— J'am'ais bien voulu pourtant, dit Tertullus en se levant, voir un peu cette beauté fameuse, afin de sonder ses dispositions, avant de m'aventurer définitivement dans cette opération.

— Soyez sans crainte, mon père; elle est digne en tous points d'être votre belle-fille. Ainsi donc, c'est demam que ma fortune et mon avenir vont se décider 1

On voit que Corvinus lui-même avait son'' jour critique. Pourquoi Fabiola n'auvail-elle pas le sien?

Tandis que celte conférence de famille avait lieu, un autre conseil domestique se tenait entre Fulvius et sou digue parent. Ce dernier, qui était rentré tard, avait trouvé son neveu seul et triste dans sa maison. 11 l'aborda en cei termes ;

244 LA JOURNliK CRITIQUK.

— Eh bien, Fulvius, est-elle arrêtée?

— Elle est en lieu sûr, mon oncle ; de bons barreaux et de solides murailles nous répondent de sa personne , mais son esprit est aussi libre 3t aussi indépendant que jamais.

— Ne vous préoccupez pas de cela: avec une lame bien affilée, on a bientôt raison de toute cette indépendance d'esprit. Son sort est-il certain, et les conséquences en sont-elles assurées?

— Mais si aucun obstacle ne se présente, son sort est inévitablement fixé ; pour le reste, nous devons nous attendre à quelque caprice de l'empereur. Cependant je dois avouer que ce n'est pas sans remords que je sacrifie une existence si jeune, et pour arriver à un résultat si peu certain.

— Voyons, Fulvius, dit le vieillard d'un ton sévère et froid comme le roc aux brumes du matin, — voyons, Fulvius, pas de faiblesse, s'il vous plaît, dans cette atTaire. Vous rappelez-vous bien quel jour c'est demain ?

— Oui, c'est le douzième jour avant les calendes de février (le 21 janvier).

— Remarquez que ce jour-là a toujours été un jour critique pour vous. C'est à cette date, il vous en souvient, que, pour gagner la fortune d'un autre, vous avez commis...

— Assez! assez 1 interrompit Fulvius pâle et haletant. Pourquoi me rappeler sans cesse des choses que j'ai tant à cœur d'oublier?

— Voici pourquoi : c'est que vous cherchez à vous oublier vousmême, et cela ne doit pas être. Il faut que je vous Ole de l'esprit toute prétention à vous laisser guider par ces préjugés qu'on ap[.elle la conscience, la vertu ou rhonueur. C'est de la folie que d'afficher une compasssJon ridicule pour la vie d'un être qui vous barre la route de la fortune, surtout après ce que vous avez fait à l'autre.

Fulvius se mordit les lèvres avec rage, mais il garda le silence, et de ses mains frémissantes se couvrit le visage., Eurotas le calma en disant:

— Eh bien donc, demain sera pour vous une nouvelle journée critique, et il est à espérer que ce sera la dernière. Il nous faut en peser avec prudence et circonspection toutes les chances. Vous irez trouver l'empereur, et lui réclamerez la part à laquelle vous avez droit dans les piopriétés confisquées. Supposons que le tyran vous l'accorde.

— Je la vends le plus tôt possible, je paye mes dettes, et je pars pour quelque pays lointain, où mon nom n'ait jamais été prononcé jusqu'ici.

— Supposons maintenant qu'il vous refuse.

— Impossible 1 impossible l s'écria Fulvius, que la seule pensée d'un refus faisait frémir-, c'est mon droit, et je l'aurai assez chèrement payé, l'empereur ne peut le nier.

— Tout doucement, mon jeune ami; discutons les affaires avec moins d'emportement. Rappelez-vous le proverbe : « De l'étrier à la selle, il y a place pour bien des chutes. » Supposons donc que vos droits soient méconnus.

— Alors je serais un homme ruiné 1 Je n'ai pas d'autre perspective devant moi, pas d'autre moyen de rétablir notre fortune; et il me faut fuir d'ic^.

DBUXIÈMB PARTIS. 245

Bien ; et que devez- vous à l'arcade de Janus ' î

— Quelque chose comme deux cents sesterces*, en ajoutant au capital les intérêts que ce fripon de juif, Éphraïm, me fait payer au taux Je 50 pour cent.

— Quelle garantie lui avez-vous donnée?

— Mes espérances certaines dans le partage de la succession d'Agnès.

— Et, si vous échouez, croyez-vous qu'il vous laisse prendre la fuite?

— Oh ! très-certainement non, s'il sait la chose. Mais il faut que nous nous préparions, dès ce moment, à toutes les éventualités, et cela le plus secrètement possible.

— Reposez-vous de ce soin sur moi, Fulvius ; vous voyez que la journée de demain, ou plutôt celle d'aujourd'hui, car voici l'aurore qui approche, doit être une journée importante pour vous? C'est une affaire de vie ou de mort ; c'est le plus grand jour de votre existence. Courage donc, ou plutôt prenez une inflexible détermination : devenez d'airain, pour accomplir sans scrupule ce que votre destinée vous commande.

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