LE SINGE, LA GUENON ET LE LYNX
A l'ombre d'un chêne géant, Un lynx blessé reposait doucement.
Tandis qu'il cherche h. calmer sa souffrance,
Sur l'arbre un couple se balance,
Saute, ricane, joue et danse,
C'était un singe et sa guenon:
Est-il besoin de vous dire leur nom ?
Le singe croit la béte aux bords de l'Achéron. « Eh î là bas, lui dit-il en inclinant la tête, De quel mal souffrez-vous, philosophe des bois ; Aujourd'hui qu'en ces lieux le hasard vous arrête.
Contez-nous un peu vos exploits.
Pas le mot? voyez-vous quelle sotte personne ? Tête de lynx, jadis intelligente et bonne,
Paraissait pleine de bon sens :
Aujourd'hui j'y remarque autre chose dedans. » La guenon à son tour dit, d'une voix mignonne.
A son mari: Tais-toi, sot insulteur de gens,
Admire cette bourre épaisse
Dont est couverte son altesse.
Et ces regards fiers et brillants ; Ohl les lynx \ il n'est pas espèce plus aimable î
Ils sont galants, sages, polis.
Le Créateur d'une étoffe semblable
Eut dû l'aire tous les maris.
Enfin voilà son altesse bourrue
Qui nous regarde et se remue.
Il remue en effet, se lève et, frémissant,
Leur jette un coup d'œil menaçant.
Alors on voit trembler nos bêtes étourdies ;
Plus de bons mots, de singeries.
Le terrible animal grimpe en baut, les saisit.
Et devinez ce qu'il en fit.
Après cette vengeance liorrible, Il descendit, satisfait et paisible.
Gens d'esprit et rieurs, plaisantez à propos :
11 faut souvent du sang pour payer de bons mots