LE MULET CHARGE D'OR
Un mulet chargé d'or avançait doucement ,
Rongeant philosophiquement
Une mince botte de paille.
Quatre soldats armés le suivaient bravement, Éloignant avec soin les mains de la canaille.
Un avare les aborda
Et poliment leur demanda
Pourquoi semblable nourriture.
Était donnée à la monture ?
(( De la paille, bon Dieu ! mais un simple mâtin
Est mieux nourri chaque matin.
>''est-il donc plus de cœur dans l'homme Pour traiter de la sorte une bête de somme ? Un baudet chargé d'or forcé de vivre en gueux
Est le pire des malheureux. »
L'un d'eux, reconnaissant le seigneur pince-maille. Lui dit : « Vous déplorez le sort de ce mulet,
« Y Songez-vous ! Plaignez Harpagon, s'il vous plaît, Un sol qui chargé d'or se prive encor de paille. »
Eh! sans doute, pitié pour cet homme maudit Dont le cœur est de bronze et le front de granit, Il compte, entasse l'or et méprise le reste; Mais un jour, accablé sous un fardeau d'écus, Et croyant pénétrer au temple des élus. Il tournera les yeux vers la porte céleste Où ces mots sont inscrits dessus :
— « Ici n'entrent que les vertus. »