‹ FablesChapitre 50 sur 60 · LE RENARD MOURANT ET SES ENFANTS · texte numérisé non relu

LE RENARD MOURANT ET SES ENFANTS

Un vieux renard, accablé de souffrance, Descendait, sous le poids du crime et du remords,

Au sombre royaume des morts.

Un chevreuil, son ami d'enfance,

De sa pauvre âme ayant souci, Accourut et lui dit : « Tu vas cesser de vivre. Ne crains-tu pas d'aller au séjour des méchants I Hàte-toi, restitue en ces derniers moments ; La gourmandise aveugle et le plaisir enivre. Mais aujourd'hui, courage ! et lègue à tes enfants, Au lieu d'un gras gibier, un bel exemple à suivre. Voudrais-tu résister à mes désirs pieux

Alléguant la bonté des dieux ?

Le plus léger larcin est un crime à leurs yeux. Réfléchis. » A ces mots sortit le solitaire.

Les trois renardeaux avertis

Accourent auprès de leur père.

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« J'ai vu, dit celui-ci, l'un de mes vieux amis ;

Il m'a donné certain avis,

Un avis sage et salutaire,

Il convient qu'il vous soit transmis v Approchez. Aujourd'hui ma douleur est profonde:

Près de tomher dans l'autre monde,

Malgré moi, mes regards hlessés S'arrêtent effrayés, sur mes crimes passés. Depuis mes premiers jours, ces beaux jours de l'enfance,

Pleins de parfum et d'innocence, J'ai du sang le plus pur rougi bien des chemins,

Et commis nombre de larcins.

Pourtant le ciel clément m'accorde le courage De rendre au moins un peu de ces biens mal acquis,

Et d'ébrécher votre héritage

Pour conquérir le paradis.

J'irriterais le ciel en tardant davantage. Ainsi poulets, canards, lapins, dindons.

Beaux morceaux ménagés pour des jours moins prospères, Eh bien ! ces doux objets pris en divers cantons

Rentreront aux propriétaires.

Confiez-vous aux dieux dans les rudes saisons. » « — Père, reprit l'aîné, nous sommes gens honnêtes,

Laissez les repentirs aux loups.

Nous livrons des assauts ; dans l'état où vous êtes

Vous appelez larcins le fruit de ces conquêtes î

0 mon père, réveillez-vous , Et pardonnez un discours trop sincère ; Je songe à vos enfants, car vous n'y pensez guère. Eh quoi I lorsqu'un bigot, parle gain alléché, Sous rhabit d'un chevreuil grossier et mal léché,

Vous montre l'éternelle flamme, Votre esprit affaibli recule épouvanté î

Vous croyez donc avoir une âme?

Et l'aurions-nous, en vérité, Les "dieux oseraient-ils frapper de leurs colères Ces faciles erreurs de la patte ou des mains.

Enfin, ces péchés ordinaires

Aux bons renards comme aux humains ?

Oh I non ! non I plus de confiance ;

A nous tous le ciel est promis,

Et, si j'en crois ma conscience..

Nous ne ferons qu'un saut de terre en paradis. » Le malade écoutait. La Mort vient et l'emporte, Fut-il heureux ou non, haut ou bas, il n'importe, Mais je sais qu'en ce monde où tout marche assez mal, Plus d'un enfant, au renardeau semblable, Laisserait volontiers son père aller au diable Pour éviter d'aller lui-même à l'hôpital.

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