L'AUTOUR. LA FAUVETTE ET LE VER
Il n’est pas rare que les gens Vous jettent sans façons leurs défauts au visage, Comme étant vôtres. C’est l'usage
Que les moins nobles cœurs soient les plus exigeants.
Un autour vit une fauvette Qui tenait en son bec un ver ; Le ver se plaignait fort, et pour moi, je regrette Que de charmants oiseaux se nourrissent de chair ; Sur ce point, je voudrais réformer la nature. La fauvette est pourtant fort bonne créature. - Grands Dieux, cria l’autour, vit-on rien de pareil ? Et montra-t-on jamais tant de gloutonnerie ?
Quoi ! dévorer en plein soleil
FABLE IX. 23 Un pauvre ver, l’effronterie !
C’est pousser l’égoïsme loin !
Par l'enfer ! mon bec, au besoin, Saura bien empêcher le crime. — La fauvette l'entend et lâche sa victime, Puis, tremblante, veut fuir, s'envoler ; mais l’autour L'atteint, la frappe, la déchire Et la mange !... Le ver, voyant cela, respire.
Hélas ! il y passe à son tour.