UN PARLEMENT CHEZ LES ANIMAUX
Dans les vastes états d’un monarque puissant, Lion à la blonde crinière, Sous de sanglants tributs un peuple gémissant De la révolte un jour arbora la bannière.
Qui le croirait? on vit de timides agneaux Déployer un brillant courage ; Il en périt beaucoup, et les morts par monceaux Attestaient du lion la valeur et la rage.
Longtemps il plut du sang; le sol s’en imbiba ; Mais le parti royal à la fin succomba.
Qui sait mourir est sûr de vaincre:
Et tout peuple opprimé devrait bien s’en convaincre. Le lion garotté, on enterra les morts,
On les couvrit de fleurs ; puis, Caron et sa barque
Les menèrent sur d’autres bords, Bords heureux, ne comptant ni sujets ni monarque. Le lion fut pourtant avant peu replacé Sur son trône ; on tenait à ce roi légitime A qui l’on pardonna son crime ; Puis il semblait moins fier. il était terrassé. On exigea, du moins, plus d’une garantie Contre des abus trop criants, Et le projet conçu par les plus défiants Fut un bon parlement pour prix d’une amnistie. Cinq cents élus feraient partie De ce nouveau pouvoir, qui saurait mettre un frein A des appétits sanguinaires, Et, les animaux étant frères, Assurer à chacun sa part d'herbe ou de grain. Chargé d’une moitié de la toute puissance, Un parlement, en conséquence, Fut debout avant peu : vautours, loups et renards A force d’intrigues, je pense, Ou bien comme gens d'importance, S’y trouvèrent pour les trois quarts.
On y vota l'impôt d'emblée ; Et, de prime abord, l'assemblée.
Y rogna la part du lion,
Mais ce fut pour s’en former une Assez ronde sur la fortune Et la chair de la nation.
Au lieu d’un seul mangeur de bêtes, Qui du moins, quelquefois, faisaient trembler les grands, Il sortit du sein des tempêtes Toutun monde de dévorants.
Jadis, le peuple avait un maître, Beaucoup trop avide peut-être ; Mais, qu’était-ce auprès de cinq cents ?
Ah ! si l’on avait su... mais il n’était plus temps!
Tels recherchent le mieux, qui rencontrent le pire. — Expliquons-nous , va-t-on me dire :
Entendez-vous prècher le pouvoir absolu ? — — Non, je voudrais trouver au cœur de chaque élu , Que se choisit le peuple, un peu moins d’égoïsme , Et voir ce qui n'existe plus :
Sous un ardent patriotisme
Le culte d’antiques vertus.