LES RATS DE LA MAISON
Quelques rats dans une maison Avaient élu leur domicile ;
Ils s’y tenaient cachés, en trouver la raison N'est pas, je crois, bien difficile.
Sans connaître les habitants, Dont ils étaient sous-locataires, Ils vivaient là, ces prolétaires , Bien hébergés, gras et contents.
Un des plus jeunes rats, à jeunesse imprudente ! Se dit un jour : — Je voudrais bien De cette maison opulente
Fréquenter les seigneurs , goûter leur entretien
Et vivre quelque peu de leur vie élégante.
Tantôt vêtus de noir, tantôt vêtus de blanc, Sans doute en signe de leur charge, Ce sont, m’a-t-on conté, des êtres d’un haut rang ; Mais toujours nos anciens m'ont fait prendre le large, M'entrainant après eux, tremblants, effarouchés , Quand de nous ces seigneurs se sont trop approchés. Oh ! je ferai leur connaissance, Jy tiens beaucoup en vérité, Car j'ai pour les gens d'importance Un grand amour. — Sa vanité Lui fut fatale ! Un jour l’audacieux se lance. Il voit son monde banqueter , Des miettes tombaient de table, Et notre rat veut s’y jeter, Empressement fort excusable !
Mais , hélas ! l'éveil est donné.
— Un rat chez nous, chose effroyable ! — Vite on interrompt le diné.
Le rat prend peur. Il fuit. Le maitre Va quérir de la mort aux rats.
Adieu plaisirs, joyeux ébats , Plus de repos, plus de bien-être, Partout des trébuchets ! Sans cesse on doit songer
A préserver sa pauvre vie.
La plus faible imprudence est à Pinstant pumie ;
Enfin , il fallut déloger.
Frayer avec les grands , que Dieu nous en préserve ! Souvent, sans doute, on n’en meurt pas ; Mais, en fait de malheurs, n’est-il que le trépas ?
Vie obscure et cachée, heureux qui te conserve !