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ET LE LION

Un léopard régnait dans certaine contrée, Séjour d’un peuple turbulent Et dont l'humeur évaporée

Chez le maitre, à coup sûr, exigeait du talent. Empêcher la guerre civile N’était pas toujours bien facile Avec des gens, moutons ou loups, En venant volontiers aux coups.

Ils aimaient ardemment l'égalité, la gloire ; Rien ne les flattait plus que la moindre victoire , Mais peut-on se battre toujours ?

Is frondaient, se moquaient, n’épargnaient nulle chose : Le roi lui-même, en leurs discours

Etait mal mené, je suppose.

79 CC RLINVREUIT.

Quoiqu'il en soit, ce maître était fort mécontent ; Toujours lutter est très-pénible.

Un renard, vieux routier, personnage important De la cour, dit au roi : — Peut-être est-il possible De mater ce peuple exigeant Et dont l'esprit est si changeant.

Sire, veuillez me laissez faire Et daignez vous fier à mon vieux dévoûment :

Avant peu de temps, je l’espère, Vous verrez un beau changement. — — Faites, mon cher, lui dit le prince ; Vous êtes, je le sais, un renard distingué ; Allez, soyez mon délégué En gouvernant pour moi la ville et la province. — Notre renard monte au pouvoir.

Son habileté se fait voir Sur le champ. Il séduit son monde Et gouverne tout à la ronde Avec un talent infini.

L'un obtient des honneurs , l’autre une bonne charge, Tel payaït un impôt trop lourd, on l'en décharge, Tel autre était coupable , il demeure impuni, Quelque loup semblait-il à craindre,

Vite il avait un bel emploi.

A l'égard des moutons, on savait les contraindre

A conserver leur laine au roi.

Les mots : honneur, gloire et patrie

En ridicule étaient tournés.

— La liberté, fi donc! qu’en faire , je vous prie ? Ornons de fleurs et d’or ces jours à nous donnés. — Mais un lion voisin, qu’on instruit de la chose,

Dit un jour : — Voici le moment

De nous venger complètement

De vieux affronts ; car je suppose

Que, si fort démoralisé, Ce peuple à guerroyer n’est pas très-disposé. — Le lion arme alors et se met en campagne.

L’effroi de son nom l'accompagne.

Voyant flotter ses étendards :

— Ma foi, dit-on de toutes parts,

À quoi sert-il de nous défendre ?

Il vaut mille fois mieux se rendre

Que mettre en courroux le vainqueur.

Hé ! que nous fait la servitude , Si nous pouvons garder ces biens dont notre cœur

S’est fait une douce habitude. —

C’est en vain que le léopard

Se repentant, mais un peu tard,

Parle de gloire et de patrie ;

La liberté, jadis chérie, N'est plus qu'un grand mot sans valeur, Mot ayant fait son temps : d’autres voyaient le leur. Les vaincus, dans l'exil, emportérent un blàme

Qu'on ne saurait trop exprimer.

La servitude avilit l’âme

Jusqu'au point de se faire aimer.

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