‹ FablesChapitre 28 sur 121 · LE LOUP MORALISTE · texte numérisé non relu

LE LOUP MORALISTE

Au fond de toute opinion, N’est-il pas un peu d’égoïsme ?

e Le bien, le mal, souvent, vus au travers d'un prisme,

Selon notre intérêt font échange de nom.

Un loup trouva, couché par terre, Le corps sanglant d’un sien confrère, Qu'un chasseur avait abattu.

— Grand Jupiter, dit-il, peux-tu Voir de ces vils mortels la fureur meurtrière, Sans foudroyer l’espèce entiere ?

Oh ! perfides humains ! voilà bien de vos coups. Jamais , hélas ! jamais, ces infortunés loups,

Ces loups, dont la douceur fut toujours sans égale,

N’auront done de trève avec vous !

Et vous vous piquez de morale !

O vertu, tu n’es qu'un vain mot! — I gémissait encor lorsqu'il entend le trot

D'un pauvre àne allant à la ville.

— Jupiter, dit le loup, laïisse-moi te louer:

Ta justice, il faut l'avouer,

Ne nous est pas toujours hostile.

Les loups sont tes enfants aussi,

Et tu veux qu'ils dinent. Merci. —

1] dit , il suit l’âne et se jette

Au cou de l’innocente bête

Qui lutte un instant ; vains efforts !

Le loup le mangea sans remords.

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