LE LOUP MORALISTE
Au fond de toute opinion, N’est-il pas un peu d’égoïsme ?
e Le bien, le mal, souvent, vus au travers d'un prisme,
Selon notre intérêt font échange de nom.
Un loup trouva, couché par terre, Le corps sanglant d’un sien confrère, Qu'un chasseur avait abattu.
— Grand Jupiter, dit-il, peux-tu Voir de ces vils mortels la fureur meurtrière, Sans foudroyer l’espèce entiere ?
Oh ! perfides humains ! voilà bien de vos coups. Jamais , hélas ! jamais, ces infortunés loups,
Ces loups, dont la douceur fut toujours sans égale,
N’auront done de trève avec vous !
Et vous vous piquez de morale !
O vertu, tu n’es qu'un vain mot! — I gémissait encor lorsqu'il entend le trot
D'un pauvre àne allant à la ville.
— Jupiter, dit le loup, laïisse-moi te louer:
Ta justice, il faut l'avouer,
Ne nous est pas toujours hostile.
Les loups sont tes enfants aussi,
Et tu veux qu'ils dinent. Merci. —
1] dit , il suit l’âne et se jette
Au cou de l’innocente bête
Qui lutte un instant ; vains efforts !
Le loup le mangea sans remords.