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LES EAUX POTABLES

L'intérêt personnel est souvent un obstacle

A l'intérêt public, et c’est presque un miracle De rencontrer un noble cœur,

Où sur l’avide moi le nous reste vainqueur.

Combien seraient heureux les hommes Si frères, tous tant que nous sommes,

Nous songions à donner à La communauté

Un peu de nos efforts pour la félicité ;

Mais chacun s’isolant court après la richesse (Trop souvent pour n’en pas jouir),

Et craignant ses pareils, les jalousant sans cesse,

Végète, souffre et voit ses jours s’évanouir.

Quelques ànes jadis, vivant en république,

Paissaient dans des prés communaux ,

78 LIVRE Il.

Prés excellents, dit-on, mais privés de canaux.

Sous un soleil brülant d'Afrique,

Nos républicains souftfraient fort

Quant arrivait la sécheresse.

Les anciens du pays certifiaient qu’au nord Des sources existaient de la meilleure espèce. D’autres tenaient pour sûr qu'on trouvait au midi

Une magnifique rivière.

Là-dessus se donnant carrière , Plusieurs avaient, un jour, conçu le plan hardi De diriger les eaux jusqu’au sein des prairies

Qui ne languiraient plus flétries.

— Cela fait, nous vivrons gaiment ,

Sans trop nous soucier qu’il pleuve ; Mais, voyons, que choisir des sources ou des fleuves ?

N’agissons pas légèrement. —

Les ânes qui du nord étaient originaires

Y possédaient de vastes terres , D’autres, nés au midi, tenaient de leurs parents Des biens qui n’étaient pas moins grands.

Et le côté choisi devait (la chose est claire)

Gagner beaucoup à cette affaire.

Un débat très-vif s'établit.

Aucun ne songe à soi; du moins, chacun le dit ;

Mais l’éternel moi, je suppose , Faisait tout le fond du conflit.

— Leurs eaux ne valent rien ; comprenez-en la cause , Elles traversent des marais Et roulent d’affreux poisons , mais Les nôtres... — Le combat s’anime, Il se prolonge , s’envenime, Et, dix ans écoulés , après de vains efforts, Tant les voix étaient partagées , On va soumettre au loin Paffaire à des castors , Par qui toutes raisons pourront être jugées.

L'examen recommence alors.

Le castor, animal honnète , Jouit d’une assez forte tête ; Le pour, le contre sont posés, Et pour mener à bien l’enquête Les cas un à un sont pesés.

Mais, pendant les lenteurs d’un examen sévère, Un ciel ardent brülait la terre, Et quand parurent les castors Pour tout finir à l’amiable, Trop longtemps privés d’eau potable

Les pauvres ânes étaient morts,

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