LE MOINEAU ET LE PINÇON
Deux oiseaux nés dans une Cage, Un pinçon avec un moineau, Transformaient en pesant fardeau Les plaisirs d’un commun ménage.
Au lieu d’une douce amitié, Qui, sans cesse, eût charmé leur vie, Une exécrable jalousie Faisait, de tous les deux, un objet de pitié. L'un l’autre eussent voulu posséder sans partage Le grain, le sucre et le biscuit...
Ne rions point, car l’homme, avec tout son esprit, N'est pas toujours beaucoup plus sage.
Certain jour de printemps, où le soleil entrait
Au travers les carreaux, dans la maison déserte,
(Les gens de ce logis étant, qui le croirait ?
Tous rassemblés au cabaret), La cage se trouvait, par hasard, entr’ouverte.
Le soleil paraît-il, soudain
Tout lui sourit dans la nature.
Le pinçon qui, dans le lointain, Voyait s’épanouir les cieux et la verdure,
Dit bientôt: — Heureux mille fois
Le pinçon qui peut, dans les bois, Voltiger, à son aise et chanter sa maitresse ,
Loin de la haine et des méchants!
Mais, que voïs-je ? à bonheur ! c’est le ciel qui me laisse Les moyens de m’enfuir et de gagner les champs. Adieu donc, compagnon, à jamais je te quitte, Je vais connaître enfin des destins plus heureux. — — Va, lui dit le moineau, éloigne-toi bien vite. Sois libre et satisfait, c’est tout ce que je veux. Il existait chez toi beaucoup trop de mérite
Pour qu’un sort obscur te suffit.
Adieu, ta voix et ton esprit T’ont réservé, sans doute, à des succès durables. Pour moi, pauvre moineau, je reste en ce Séjour ; J’y veux attendre, en paix, sans gloire et sans amour,
La fin de mes jours misérables ! —
— Oh ! oh ! dit le pinçon, l’ai-je bien entendu ? Te voilà me parlant comme un ami sincère.
Hélas ! à nous haïr, combien de temps perdu ! N'importe, il n’est bien doux de te quitter en frère. — Soudain le pinçon part, et sur le toit voisin Il arrive d’une volée, Loin encore était la vallée Qu'il comptait suivre en son chemin.
Voyager est chose facile, Mais un long esclavage y rend fort inhabile.
— Respirons un moment, me voilà libre enfin. — 11 dit, un chat paraît qui, s’élançant, arrête Par ses ailes la pauvre bête.
—— O funeste destin! quel horrible trépas :
Près d’être heureux !—-Bien plus ! le moineau de sa cage Lui cria : — Pauvre sot, tu ne savais donc pas Que jamais on ne vit le sage, Dans un hardi projet fût-il bien affermi, Entendre à ce sujet, sans perdre son courage,
Les compliments d’un ennemi. —