‹ FablesChapitre 44 sur 121 · L’IDOLE DU PAIEN · texte numérisé non relu

L’IDOLE DU PAIEN

Certain sculpteur paien voulut se faire un dieu. Probablement à son image :

est la coutume en plus d’un lieu De nous représenter Dieu d’après son ouvrage. L'homme est, dit-on parfois, ce qu’il a fait de mieux : Je me tais là-dessus et reprends mon histoire. L'artiste allait, sans doute, en son zèle pieux, Se faire un dieu de marbre, ou de bronze, ou d'ivoire. L'or est trop vil encor pour un pareil dessein. Le païen cependant n’employa que la glaise.

Un visiteur lui dit : —Pourquoi, ne vous déplaise, Lorsque la terre a dans son sein Du marbre et des métaux, pétrir ce vil argile ?

C’est insulter un dieu que le traiter ainsi —

—Si je me sert de glaise, ici, Dit l’autre, c’est afin qu'il me soit plus facile De briser ma divinité

Si je n’en suis point écouté. —

Dans ce mot impie est l’histoire

De ces dispensateurs de gloire Dont le pouvoir s’étend jusqu’à diviniser ; Mais qui ne font entrer au temple de mémoire

Que de faux dieux d’argile et qu'ils puissent briser.

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