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OU LA MÉDISANCE

La fourmi voyant la cigale Ne jamais rien prévoir, disait: — C’est un scandale ! Oh! que les gens sont paresseux :

Mais s’ils souffrent, tant pis pour eux. — — À quoi sert-il à Philomèle, Disait le paon, que dans les bois On estime si fort sa voix ?

Triste amour de briller ! Pauvre goût ! Que n'est-elle Un peu moins artiste et plus belle — Le renard traitait de bourreau Le loup , cet être impitoyable :

—Dévorer un paisible agneau !

Fut-il jamais plus grand coupable ! —

L’âne se moquait du pourceau

Qu'on voyait bassement chercher sa nourriture Dans la fange et la pourriture !

A grands coups de bec, sans pitié, Sur le coucou, la tourterelle Tombait, accablant l’infidèle.

Le chat, à propos d'amitié, Disait : — Je veux bien qu’on s'attache Aux agréments d’une maison ; Mais que d’un collier d’or l’esclave s’amourrache. Pauvre chien, qui n’a plus ni fierté , ni raison — Le tournesol altier à humble violette Portait ombrage, en vérité ! — Voyez l’ambitieux ! s’écriait la fleurette ; A nous l’exil des bois, à nous l’obscurité, Tandis que, sans parfum et fuyant la retraite , Ce vil courtisan du soleil Brigue des jours remplis d’un éclat sans pareil. — Enfin, c'était partout orgueil et médisance.

Jupiter, fatigué de cette impertinence , Peut-être aussi pour s'amuser, Sans toucher à l'intelligence De ceux que sur chacun il entendait gloser, D'un mot, changea leurs goûts... leurs goûts, pas autre

[chose ,

Chacun d’un bon sens pur garda la même dose.

— La raison devant l'emporter, Dit Jupiter, nul, je le gage, Ne se départira de son premier langage. — Mais, hélas ! Jupiter eut bien à décompter.

La fourmi devint dépensière Et s’éprit d'amour pour les arts.

Sur le champ, la gent moutonnière Eut pour ennemis les renards.

Le chat prit un collier. On vit la tourterelle, Non moins que le coucou, devenir infidèle, Et longtemps on pleura ce triste événement.

Le paon s’éprit pour la musique D'un subit et fol engoùment.

Dédaignant le chardon qui pique, L'âne, au beau milieu du ruisseau, Disputa la boue au pourceau.

Pour la cour du soleil soudain la violette Fit ses adieux à la retraite.

Chacun, sans y songer, changea selon le vent Des passions. Mais à médire On se plut comme auparavant.

Frappé de ce nouveau délire,

Jupiter rendit promptement

Tous ces êtres divers à leur tempérament, Sur lequel la raison avait si peu d’empire… Dans cet état tout est resté.

Où donc est la moralité De ceci? dira-t-on, je pense.

Elle est dans la justice et la nécessité

De montrer pour autrui beaucoup plus d’indulgence.

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