LES DEUX FERMIERS
Oui, le travail est un trésor, Mais le repos est nécessaire :
Ménageons de longs jours à la poule aux œufs d’or.
Un fermier voyant son confrère , Après trois ou quatre ans d'un fructueux labeur , Mettre un an ses champs en jachère , S'écria: — C’est un grand malheur Que de manquer d'intelligence.
N’est-il donc plus d'engrais? Notre voisin, je pense , Veut pour lui-même un peu de doux repos aussi. Le paresseux ! Je vais profiter de ceci Pour lui montrer mon savoir-faire. —
Il dit : — Quand approche janvier ,
Notre homme couvre de fumier
Les sillons glacés d’une terre,
Dont lui-même est propriétaire,
Et qui déjà, depuis quatre ans,
Bienfaisante et féconde mère,
Lui donnait des fruits abondants.
Îl'en arrache encore une bonne récolte.
L'an qui suit, il obtient un peu moins de succès. — N'importe, allons toujours etredoublons d’engrais.— La nature épuisée à la fin se révolte
Et ne donne plus que des fruits Malingres, sans saveur, malsains, ridés, pourris ; Tandis que le voisin obtenait de sa terre,
Après un repos salutaire, Les fruits les plus sains , les plus beaux,
Et les récoltait par monceaux.