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LE LION, LES MOUTONS ET LES LOUPS

Vous fait-on de belles promesses , Moutons , n’y croyez qu'à demi.

Tel vous prodigue ses caresses, Qui pourtant n’est pas votre ami, Et n’a jamais songé qu’à son propre avantage.

Les mœurs sont un garant, mais non par le langage.

Sous la loi du plus fort condamnés à mourir ,

Les moutons,chaquejour,succombaient sans se plaindre: L'espèce entière allait périr.

Mais le lion, enfin, résolut de restreindre Le privilége des mangeurs, Etmême d'y mettre une entrave :

Il connaissait des grands les intraitables mœurs ,

Et le cas lui semblait fort grave.

Il fit appeler les moutons.

— Veuille le ciel qui nous regarde,

Dit le roi, vous sauver d’ennemis trop gloutons ! Je veux de mes deniers vous donner une garde Qui protège des jours pour l’état précieux

Et dont moi je dois compte aux dieux.

Allez, choisissez-la vous-mêmes :

I faut dans les grands maux des remèdes extrêmes. —

Pleins d'espérance et tout heureux Les moutons sur le champ retournèrent chez eux.

Bientôt une grande assemblée

Y fut convoquée et d'emblée

On choisit pour gardes les chiens,

Dont le peuple mouton n’eut jamais à se plaindre Et qui seraient pour lui d’admirables soutiens ,

Car ils sauraient se faire craindre.

Soudain parut un loup, non pas un loup hurlant, Mais bien un loup bonhomme, à la voix mielleuse. Il pria de l'entendre et la foule, en bélant,

Y daigna consentir : la foule est curieuse.

— O0 moutons imprudents, dit le loup, vous voulez

Choisir les chiens pour vous défendre !

Choisissez mieux, ou bien tremblez,

Ce sont les loups qu’il vous faut prendre.

Nous seuls, forts par le nombre et les relations, Amis des tigres, des lions , Vigoureux, éloquents et braves, Pouvons faire le bien et mettre des entraves | A de féroces appétits :

C’est aux grands qu’appartient de sauver les petits. Oubliez un passé que chez nous on regrette :: Nous avons tous juré de ne plus vous manger.

Vous verrez notre grâce à porter la houlette Et de quelle façon nous bravons le danger ! — Bref, il parla si bien, sa voix était si tendre, Qu'on eut grand plaisir à l'entendre Et que les loups, jadis réputés si gloutons, Furent nommés garde-moutons :

Ainsi l’entendit l’assemblée..…… Mais, gardés par leurs ennemis, Les pauvres moutons furent mis Sur le champ en coupe réglée...

Et pour moi j'ai pleuré sur eux.

Ne raillons pas les sots, lorsqu'ils sont malheureux. Hélas ! à ces moutons que de gens sont semblables,

Sans parler des contribuables.

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