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LES AUTEURS

À mon confrère Antony Rénal de la Société littéraire de Lyon.

Hé! quoi ton amitié dédie

À chacun de nous une part

Du livre que tu fis sur l’art

Et les travaux de l’Ibérie.

Et pourtant nous sommes rivaux

Au pied du Parnasse et confrères.

De tels procédés sont nouveaux

Et bien beaux.

Au Parnasse on ne s’aime guères.

Ah! que n’y sait mieux s'aimer Et rechercher ensemble une commune gloire.

Sans union pas de victoire ;

Laisse-moi là-dessus essayer de rimer

Une histoire

Dont le sens a su me charmer.

Il existait dans une ville Quelques auteurs qui se battaient En vers, en prose, et se traitaient D'une façon fort peu civile.

S'en trouvaient-ils mieux ? mon Dieu, non.

Chacun d’eux semblait prendre à tâche, Non pas de se faire un beau nom, Mais d’en priver son compagnon, En le poursuivant sans relâche.

Et le monde, obligé de prendre au sérieux Cette querelle étourdissante, Dont surtout souffrait fort toute gloire naissante, Fuyait nos gens à qui mieux mieux.

On les craignait... que dis-je? on les méprisait même, Et le sot en passant leur jetait l'anathème.

Enfin, le mal devint si grand Qu'il y fallut porter remède.

Un des leurs, animé d’un esprit tolérant Et du plus noble cœur, un jour vint à leur aide. — Nous avons essayé de la haine, dit-il,

Et transformé pour tous la patrie en exil ;

Essayons de l’amour. Il n’est pas trop possible Que nous perdions au changement.

Sans plus courir isolément Au pied d’un mont inaccessible :

Aidons-nous tous pour y monter, Venez et tâchons de planter Une tente commune, aux sources du Permesse.

Si, plus prompt à gravir le rapide sentier .

L'un des nôtres au but arrive le premier .

Il reviendra d’un frère étayer la faiblesse : Enfin, formons un tout que le sot impudent N'ose plus attaquer qu’à son corps défendant. — . Bref, il parla si bien que, chassant toute haine $ Chacun mit en commun son savoir et sa veine.

Voilà nos gens unis par le plus doux lien , Et sur le champ pour eux tout se métamorphose. Eparpillés ils n'étaient rien , Réunis ils sont quelque chose. Les avantages. ..? je les sais :

Ils feraient un brillant chapitre .

Intéressant à plus d’un titre, Mais moi-même , auteur, je me tais.

Ne nous peignez-vous pas la camaraderie :

| Me direz-vous ; mais je vous prie

FABLE xX. 149

S’entr’aider n'est-ce point un devoir ? Trouvez-moi Un public éclairé cherchant de bonne foi A mettre chacun à sa place, Et que l'écrit naïssant ne trouve pas de glace, Si cela ne se peut, le bon sens nous crira ;

Aide-toi , le ciel t'aidera.

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