LE CITADIN ET LES DEUX CEPS
Trop de soins deviennent nuisibles,
O‘mères, ne l’oubliez pas!
A la terreur moins accessibles, Abandonnez vos fils à leurs joyeux ébats.
L'enfant qui tombe se relève
Pleurant un peu, puis il achève
Son apprentissage ici-bas.
Un citadin planta dans un coin de sa terre Un cep fort rare à lui donné.
Notre homme était ardent. Son cœur passionné Ne portait pas au cep un intérêt vulgaire :
Sans cesse il allait voir si sa vigne poussait,
Il béchait à l’entour, il arrosait ensuite.
— Prodiguons le fumier qui fait croitre plus vite. — Enfin chaque jour se passait
À tourmenter le cep. Pourtant le cep bourgeonne.…
—Oh ! cep charmant ! —Déjà dans l’avenir il donne
De superbes raisins, n'importe la couleur.
— Ah! redoublons de soins, de fumier, d'arrosage.
Sauvons-le de la grêle et du vent. — O douleur!
Avec la sève un jour le cep perd son feuillage : Trop de soins causaient son malheur.
Pourtant, un cep beaucoup moins rare,
Presque oublié, gisait à quelques pas du mort :
Avec le temps notre homme en eut, chose bizarre !
De beaux fruits, sans le moindre effort.