‹ FablesChapitre 55 sur 121 · L’ANE ET LE MEUNIER · texte numérisé non relu

L’ANE ET LE MEUNIER

D'un ami qui nous sert tout plait, tout semble bien : Esprit, vertus, talents, il a tout en partage ; Mais quand on veut noyer son chien,

On l’accuse d’avoir la rage.

Certain meûnier à son baudet Disait : — Vil animal, ma patience est lasse. Quel service à présent me rends-tu, s’il te plait ? Vingt ans je t'ai gardé : durant ce long espace , Qu’as-tu gagné par an? A peine, en vérité, De quoi nourrir ton maitre, une semaine entière. Dieu sait pourtant ce qu'ont coûté Ton foin, ton orge et ta litière.

Et maintenant, dès qu’il faut travailler,

Tu dors ! C’est l’écorcheur qui va te réveiller. — — Hélas ! dit le baudet, durant les vingt années Que mon travail vous a données, J'ai du moins fait ce que j'ai pu:

Le jour, Ia nuit, à jeün, repu, J'ai porté vos sacs au village, À la ville, au marché, partout ; Vous commandiez , j'étais debout !

Pouvais-je en faire davantage ?

Et si ma vie a trop coûté, Que ne me laissiez-vous chercher en liberté Quelques chardons au pâturage !

Je suis vieux maintenant; mais je mange si peu |... — — Si peu ! dit le meunier, parbleu !

La réponse est assez plaisante.

Penses-tu que je m'en contente ?

Il faudrait à ce paresseux Que je travaillasse pour deux !

Sa peau, du moins, est encor bonne.

Allons , en avant, je l’ordonne. — — Hélas ! que je suis malheureux !

Mourir ainsi ! Souffrez, pour prix de mes services, Que je vive encor quelques jours,

Et si les dieux me sont propices,

Mes forces.…..— L'amusant discours :

Ses forces ! et l’horrible plaie Que je vois là? — Ce sont les coups Dont votre valet Jean me paie. — —Heim ! que dit-il ? L’entendez-vous ?

11 voudrait nous donner le change Pour répandre en tous lieux son mal.

Mais c’est trop écouter ce perfide animal...

Qui ? moi, perfide! — En outre , il faut que je me venge

Des sots discours d’un rabâcheur..….. —

On mena l’âne à l’écorcheur.

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