LES DEUX PEINTRES
À Monsieur Trimolet, peintre.
Chacun à son mérite à soi, L’œillet peut plaire encore à côté de la rose ; Faisons du temps un sage emploi
Et suivons notre voie avant tout autre chose.
Peintres tous deux dans un même logis,
Paulin avec André vivaient fort bons amis,
Du moins on le croyait. Se trompait-on ? Peut-être.
Deux rivaux être amis , est-ce bien de ce temps ? Chacun d'eux était un grand maitre :
Mais ils brillaient par des talents, M'a-t-on conté, fort différents.
Chez André, la couleur se trouvait admirable
Et l'emportait sur le dessin :
Tandis que faible était la couleur de Paulin, Dont le dessin par contre était irréprochable.
Et trop souvent, à ce sujet,
Un critique à la langue acerbe Faisait à nos amis , en élevant le verbe,
Cette insulte : artiste incomplet :
Critiquer est chose facile,
Depuis longtemps cela s'est dit :
Chacun peut se donner sans grand emploi d'esprit
Le soin trop souvent inutile ,
Mais qui sans doute a sa douceur,
De se poser en connaisseur.
D'ailleurs Raphaël ou Racine
N'ont-il pas leur faible côté ?
Que tout critique s’examine !
Le seul être parfait c’est la divinité.
Bientot sous les efforts d’une injuste critique, Chacun de nos amis envie à son voisin
Qui la couleur, qui le dessin,
Et recherche un talent unique
Afin d’éclipser son rival :
C’était limiter bien ou mal.
Mais dans la guerre qu'ils se firent ,
Hélas ! tous deux enfin perdirent
Une importante qualité ,—
La première à mes yeux, — l'originalité.
FAOLDRSEET LE LOUP:
On accepte une vérité Lorsqu’à nos passions elle est avantageuse, Elle est fêtée alors; mais, ce cas excepté,
Ancienne , elle est caduque, et nouvelle, douteuse.
Ours et loups ne se mangent point ; Pour être bons amis, c’est sans doute un grand point. L'ours au loup son voisin disait un jour : — Confrère, J'ai beaucoup à blâmer en vos mœurs, car les loups Sont d’un bien méchant caractère.
Quoi! manger ces moutons au naturel si doux.
Mais aussi que dit-on de vous ?
Parle-t-on d’un être implacable,
On dit : c’est un loup dévorant,
Et plus le criminel est grand, Plus au loup il parait semblable.
— Ces propos, dit le loup, sont trop anciens, mon cher, C'est usé, rebattu, rococo, vieux régime :
A railler de ce temps le monde est unanime.
Du reste, examinons si l’on peut vivre d'air. — — On peut vivre de miel, de racines, d’herbage : Il importe avant tout de vivre innocemment.
Se contenter de peu fait le bonheur du sage ; Lisez-moiles auteurs d'aujourd'hui. — Franchement, Vous prêtez trop l'oreille aux doctrines nouvelles Que prêchent des auteurs à la mode, mais fous. Voyons, chez nos aïieux, ces mœurs existaient-elles ? Nos bons aïeux, je crois, en savaient plus que nous, Témoins leurs œuvres immortelles.
— Ma foi, dit l’ours, vous l’emportez, Grâce aux aïeux que vous citez Et transformez à votre guise.
Quels commodes aïeux ! Bonsoir ! quoique je dise,
Vous les invoqueriez encor. —
Arsenal à deux fins où notre intérêt puise,
Le temps passé tantôt radote ou parle d’or.