LA FAMINE DANS LES ÉTATS DU LION
Dans les états d’un certain roi, Lion à la noble encolure , La famine existait. Je croi
Qu’on ne saurait connaître extrémité plus dure. Grands et petits, tous en souffraient , Et même beaucoup en mouraient.
Mais le lion, prince exemplaire, Traitait ses sujets en bon père
Et n’en laissait manger aucun :
Pareil roi n’est pas très-commun.
Les tigres et les loups, surveillés par le maitre , Etaient fort mécontents peut-être , Quoique pas un ne soufflàt mot.
Voyez pourtant l’ingratitude :
Le peuple un jour fit un complot Et lui, si soumis d'habitude, Courut avec fureur sur le palais des rois.
La faim qui fait, dit-on, sortir le loup du bois, Donne aux plus faibles du Courage :
Brebis, ânes, poulets , d’une commune voix :
— Notre souffrance est votre ouvrage.
Mieux vaut mourir en combattant Et succomber tous à l'instant, Que lentement périr de besoin et de rage.— Le pouvoir ne savait à quel saint se vouer.
— Ce vil peuple, il faut l'avouer, À grand besoin qu’on le châtie, Dirent les courtisans. Ce serait œuvre pie De lui donner une lecon.
Sire, souffrez que de notre facon Nous le corrigions d'importance.
Souffrez... — Mais le lion leur imposa silence. — Chers sujets, dit le roi , peut-être ai-je des torts. J'ai pu manquer de prévoyance.
Croyez-le bien pourtant, j'ai fait de grands efforts Pour ramener ici le grain et l'abondance.
Ameutant les flots contre nous,
Le ciel nous à frappés de sa rigueur suprême ;
Mais votre roi, du moins, a souffert comme vous, . Vous en pouvez juger à ma maigreur extrême. — Apaisé, l’œil en pleurs , le peuple à ce propos
Vit que son pauvre roi n'avait plus que les os.
— Gloire et bonheur au meilleur des monarques
Et que longtemps ses jours soient protégés des Parques !
Puis le peuple autre part porta son flot mouvant.
Petite pluie abat grand vent.