‹ FablesChapitre 58 sur 121 · LA FAMINE DANS LES ÉTATS DU LION · texte numérisé non relu

LA FAMINE DANS LES ÉTATS DU LION

Dans les états d’un certain roi, Lion à la noble encolure , La famine existait. Je croi

Qu’on ne saurait connaître extrémité plus dure. Grands et petits, tous en souffraient , Et même beaucoup en mouraient.

Mais le lion, prince exemplaire, Traitait ses sujets en bon père

Et n’en laissait manger aucun :

Pareil roi n’est pas très-commun.

Les tigres et les loups, surveillés par le maitre , Etaient fort mécontents peut-être , Quoique pas un ne soufflàt mot.

Voyez pourtant l’ingratitude :

Le peuple un jour fit un complot Et lui, si soumis d'habitude, Courut avec fureur sur le palais des rois.

La faim qui fait, dit-on, sortir le loup du bois, Donne aux plus faibles du Courage :

Brebis, ânes, poulets , d’une commune voix :

— Notre souffrance est votre ouvrage.

Mieux vaut mourir en combattant Et succomber tous à l'instant, Que lentement périr de besoin et de rage.— Le pouvoir ne savait à quel saint se vouer.

— Ce vil peuple, il faut l'avouer, À grand besoin qu’on le châtie, Dirent les courtisans. Ce serait œuvre pie De lui donner une lecon.

Sire, souffrez que de notre facon Nous le corrigions d'importance.

Souffrez... — Mais le lion leur imposa silence. — Chers sujets, dit le roi , peut-être ai-je des torts. J'ai pu manquer de prévoyance.

Croyez-le bien pourtant, j'ai fait de grands efforts Pour ramener ici le grain et l'abondance.

Ameutant les flots contre nous,

Le ciel nous à frappés de sa rigueur suprême ;

Mais votre roi, du moins, a souffert comme vous, . Vous en pouvez juger à ma maigreur extrême. — Apaisé, l’œil en pleurs , le peuple à ce propos

Vit que son pauvre roi n'avait plus que les os.

— Gloire et bonheur au meilleur des monarques

Et que longtemps ses jours soient protégés des Parques !

Puis le peuple autre part porta son flot mouvant.

Petite pluie abat grand vent.

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