LE TAON
Après un long combat où, vainqueur du lion, Un taon s’était couvert de gloire,
L’insecte ailé partout promenait sa victoire
Et donnait libre essor à son ambition.
— J'ai trop longtemps, dit-il, méconnu mon courage
Et les destins brillants où je suis appelé :
Le lion a vécu , poursuivons notre ouvrage.
Le trône est-il trop haut pour un vainqueur ailé?
J'y vais monter bientôt par le droit de la guerre ; J'y vais monter pour rendre heureux Tout un grand peuple dont je veux
Etre à la fois le roi, le mentor et le père.
Un immense avenir se présente à mes yeux.
Tremblez, à nations ! car mon humeur guerrière
Aux peuples va dicter sa loi,
Et prétend que la terre entière
N’ait plus d'autre maitre que moi. — Déjà dans sa pensée il gouvernait le globe.
Un roitelet passe et le gobe.
Humains, nous sommes tels. Dès le premier succès , Nous ne redoutons plus personne Et la raison nous abandonne.
Nous voilà riches, grands, nous formons cent projets , Cent châteaux en Espagne ; mais Nous oublions qu’en toute chose
L'homme propose, et Dieu dispose.