‹ FablesChapitre 59 sur 121 · LE TAON · texte numérisé non relu

LE TAON

Après un long combat où, vainqueur du lion, Un taon s’était couvert de gloire,

L’insecte ailé partout promenait sa victoire

Et donnait libre essor à son ambition.

— J'ai trop longtemps, dit-il, méconnu mon courage

Et les destins brillants où je suis appelé :

Le lion a vécu , poursuivons notre ouvrage.

Le trône est-il trop haut pour un vainqueur ailé?

J'y vais monter bientôt par le droit de la guerre ; J'y vais monter pour rendre heureux Tout un grand peuple dont je veux

Etre à la fois le roi, le mentor et le père.

Un immense avenir se présente à mes yeux.

Tremblez, à nations ! car mon humeur guerrière

Aux peuples va dicter sa loi,

Et prétend que la terre entière

N’ait plus d'autre maitre que moi. — Déjà dans sa pensée il gouvernait le globe.

Un roitelet passe et le gobe.

Humains, nous sommes tels. Dès le premier succès , Nous ne redoutons plus personne Et la raison nous abandonne.

Nous voilà riches, grands, nous formons cent projets , Cent châteaux en Espagne ; mais Nous oublions qu’en toute chose

L'homme propose, et Dieu dispose.

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