LES DEUX CHIENS
Deux jeunes Chiens vivaient ensemble, L'un fort aimé du maitre et l’autre détesté.
Le pourquoi, le voici : Ce pourquoi, ce me semble, Blessait un peu trop l'équité.
L'un des chiens était laid, pataud, trapu, que sais-je ? Et l’autre chien, plus blanc que neige, Était mignon, frisé, joli... Le cœur, dit-on, Souvent, pour se donner, n’a pas d’autre raison. Le plus aimé des Chiens, bourré de friandises, Avait un air aimable et des formes exquises.
L'autre était fort sournois. L’appelait-on, soudain, Tremblant il décampait par le plus court chemin. Un beau jour, provoqué peut-être |
Ou jaloux, il mordit le favori du maitre.
FABLE If. il
— Oh! c’est trop fort! comment Je garderais encor ce mauvais garnement, Non certes. Que bien vite on lui mette une pierre Au cou; puis preste ! à la rivière. — Ainsi parla le maître. On s'empare du Chien.
— Le misérable, le vaurien !
Il a mordu Médor !— On le frappe ; on le jette Au beau milieu du fleuve. H y fût demeuré, Mais la pierre glissa ; le voilà délivré.
Il part trainant sa corde et cherche une retraite Où les coups ne l’accablent point.
Survient un bon fermier, juste et le cœur sensible, Il aperçoit Pataud ; bientôt il Le rejoint, Se saisit de la corde et dit :—Est-il possible De maltraiter un Chien ainsi!
Avec quel air piteux et triste il me regarde ! J'en ferais un bon Chien de garde.
Il n’est pas beau, c’est vrai; mais qu'importe ceci ?— Il emmène Pataud, le nourrit et le choie.
Plus de coups de bâton : le Chien est plein de joie. À quelque temps de là, Pataud se promenant Se trouve nez à nez, en un chemin tournant, Avec son ancien camarade,
Médor, qui, comme lui, faisait sa promenade.
— Est-ce bien toi, Pataud ?- Mais oui, Médor.-Comment ! Toi Pataud, toi jadis, si vilain, si maussade, Toi que j'ai cru noyé, je te revois charmant, Vigoureux, gras et fier, l’œil brillant, l’air aimable : Tu vis donc à bien bonne table ?— — Non, pas trop; je mange souvent Du pain noir, comme auparavant, Par-ci, par-là, des os.—Ma surprise est extrême, Car vraiment tu n’es plus le même.
D'où vient?..—Entends trois mots où tout est renfermé :
J'étais haï,; je suis aimé.