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LE LOUP ET LE MOUTON, ROIS TOUR A TOUR

Action, puis réaction, Voilà l’histoire de ce monde.

Rien n’v dure longtemps. Après l'affection y © Ï

Un beau jour voit éclore une haine profonde.

Certain Mouton fut nommé roi...

— Un Mouton (direz-vous) ? - Un Mouton ! -Eh : pourquoi Ne pas accorder la couronne A celui dont l’âme est si bonne ?

La bonté n'exclut pas le talent. Dites-nous Où git le grand esprit des loups ?

Il remplaçait un Loup, ce Mouton débonnaire

Par la réaction sur le pavois placé,

Loup hypocrite et sanguinaire De son trône électif à la fin renversé.

Le Mouton roi, l’on fut content quelques années : Plus d'impôt de sang ; on pouvait S'ébattre et bien dormir : devant soi l’on avait Les plus riantes destinées.

Tigres et loups pourtant étaient fort attentifs Aux faits et gestes du monarque, Et s’efforçaient tout bas de diriger sa barque Vers les courants et les rescifs.

Se trompait-il en quelque chose, C'était une immense clameur.

Et souffrant, montrait-il, par hasard, de l'humeur, On en pervertissait la cause.

— Ce monarque est un scélérat ; Trop longtemps il donna le change, Aujourd’hui son humeur étrange À coup sûr nous annonce un prochain coup d’état.— —Prévenons-le, courons, à bas la tyrannie !— Et le pauvre roi, tout troublé, (Qui ne s’est troublé de sa vie?) Veut arrêter l'élan de ce peuple assemblé.

— 1] massacre le peuple ! oh! c’en est trop. L’infâme

Enfin a mis à nu son âme.—

On court aux armes... Le Mouton

Fut mangé par le Loup glouton

Dont il avait tenu la place,

Et qui la reprend plein d'audace.

Bientôt l’on voit de toutes parts

Flotter les nobles étendards

De ce Loup rentré par surprise.

Réclamer n’était pas de mise,

On eût mangé le réclamant.

Et chacun tremblant pour soi-même

Protesta d’un amour extrême Pour un pouvoir pleuré, disait-on, constamment. — Chers amis, dit le Loup, n'est-il pas bien visible

Pour tous, que mon gouvernement

Est aujourd’hui le seul possible ?

Sous l’ancien roi, c'était d’éternelles elameurs ; Maintenant plus de cris, de regrets, plus de pleurs ; À part quelques moutons, chacun est plein de joie ; Mais dinons ! —Un agneau présumé mécontent

Et qui ne disait mot pourtant

Du Loup fut la première proie.

Ce meurtre fut trouvé fort juste.

En résumé

Mieux nous sert d’être craint qu’aimé.

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