LE RENARD PRÉDICATEUR
Un Renard n’avait plus de dents.
Comment vivait-il ? je l’ignore.
Du lait, de tendres fruits, des œufs, du miel encore Pouvaient suffire à ses vieux ans :
L’appétit change avec le temps.
Orateur, il passait pour un puits de science, Et s’exprimait comme un Caton.
Mais sur ses vieux péchés il nourrissait, dit-on, Des scrupules de conscience.
Peut-être enviait-il ceux qui péchaient encor :
Le cœur d’un vieux Renard est un profond abime. Qu'il regrettât ou non le crime, Sur la morale il parlait d’or.
— « Quoi : disait-il, Ô mes chers frères,
Vous vous livrez au vol, au meurtre. Que de fois J'ai versé des larmes amères Sur vos déportements ! Je crois Qu'il est bien temps pour vous de changer d'existence Et de faire un peu pénitence.
Vivez ainsi que moi. Ne mangez plus de chair : Une poule, un dindon sont si contents de vivre : Les priver de la vie est un crime : il est clair Que le châtiment doit s’en suivre.
Moi, j'ai renoncé sans regrets A l'horreur de semblables mets.
— Sage prédicateur, montre-nous, je te prie, Ton ratelier, dit l’un des siens, Ensuite on y verra plus clair, je le parie, Dans le discours que tu nous tiens.
—Comment, moi vous montrer !...—I1 partit au plus vite
Disant qu’on voulait l’insulter.
Hélas ! quand le vice nous quitte,
Nous nous flattons de le quitter.