LA TYRANNIE SE DÉGUISANT
La Tyrannie avait commis, Au nom des rois, de si grands crimes, Que pas un, mais pas un de ses anciens amis, Ne soutenait encor ses droits illégitimes, Et la pauvre divinité (Ayons pitié de tout le monde) Sans trône, sans abri, s’en allait à la ronde Mendiant l'hospitalité.
— Va-f-en, va-t-en, reine maudite, Répondait le peuple irrité.
Ta race est à jamais proscrite. — Et le peuple entonnait l'hymne à la liberté.
Succombant presque à sa misère,
La tyannie enfin parvint à s’embarquer.
Longtemps elle vogua. Sur la rive étrangère, Un jour timidement on la vit se risquer.
— Que nous veux-tu? — Je suis la liberté, dit-elle. Je viens ici vous rendre heureux.
Tout par et pour le Peuple est ma règle éternelle : Gouverner en son nom, c’est tout ce que je veux. — — Sois done ici la bienvenue ; Tu peux t’asseoir, noble inconnue, Sur le trône où siégeaient nos rois.
Ils sont morts. Tu pourras nous offrir à la fois Et les bienfaits de l’ordre et tes dons populaires.— La fausse liberté ne se fait pas prier, Et, grâce à son masque grossier, Son pouvoir redevient ce qu'il était naguères. Mais sa fureur augmente encor.
Jamais au nom des rois la cruelle déesse N'avait de ses sujets comploté la détresse, Et du sang le plus pur épuisé le trésor, Comme bientôt au nom du Peuple, Elle abat ce pays, l’écrase, le dépeuple.
— Hé quoi ! toujours du sang ? — Oui le Peuple le veut, I est noble, il est grand, infaillible, on ne peut Contrarier en rien sa volonté suprême.
Sa force, sa grandeur, tout lui vient de Dieu même, » —
Mais le masque tomba, l’on y vit clair, enfin ; Du trône on arracha l’implacable déesse.
— Va porter aux enfers ta fourbe et ta bassesse. —
De tant de maux ce fut la fin.
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