LE LIERRE ET L'ORMEAU
Le Lierre disait à l’Ormeau :
— Chacun vous doit ici le repos ou la vie.
Oh ! mon cher protecteur, que votre sort est beau, Qu'il me semble digne d’envie !
L'oiseau dont vous portez le nid, Le nuage qui vous caresse,
Le ruisseau qui serpente et vous baigne sans cesse, Tout vous aime, tout vous bénit.
Vous offrez à l’insecte un abri tutélaire.
Que serais-je sans vous ? je trainerais par terre Ma triste existence. Ah ! combien
Votre sort glorieux est au-dessus du mien ! —
— Ne convoite pas trop mes grandeurs et ma gloire,
Ne dois-je pas les expier ;
L’obseurité, daigne le croire, Est d’un bien moins pesant loyer.
Tout couvert de frimats que l'hiver amoncelle, Je te réchauffe, te défends, Je t’abrite et l’onde ruisselle Sur mon front, séjour des autans.
De ton obscurité précieux avantage, À peine si tu sens l'orage, Quand mes rameaux en sont brisés.
Pour te frapper les cieux se sont-ils embrasés ? Et que d’ingrats je fais parmi ceux que j'accueille ! Encor s'ils se bornaient à dévorer ma feuille ; Mais c’est au cœur que je les sens.
Et lorsque tu jouis d’un éternel printemps, Hélas ! tout souffre en moi, tout : le cœur et l'écorce.
Mais c’est là, j'en conviens, le secret de ma force. > J )
Il n’est pas d'arbres forts que n’agitent les vents.