‹ FablesChapitre 8 sur 121 · LE DROMADAIRE ET LES DEUX CHAMEAUX · texte numérisé non relu

LE DROMADAIRE ET LES DEUX CHAMEAUX

Certain beau jour un dromadaire Partait pour la terre étrangère , Et sous le poids de son fardeau , Leste encore, il faisait le beau ; Tout heureux de prendre le large, Il paraissait fier de sa charge.

Deux chameaux dirent : —Ce bossu Semble de Jupiter issu, Tant l’orgueilleux se dresse, et pourtant, je vous prie, Se doit-on estimer bâti dans ce goût-là ?

Hé! Monsieur du gros dos, un peu de modestie ! — Les chameaux, en disant cela, Toisaient du haut en bas le pauvre dromadaire,

Qui, quoique bon, ne put se taire.

— Montrez-vous, leur dit-il, un peu moins dédaigneux. De quel droit vous livrer à cette impertinence ?

Si mon dos offre une éminence,

Chacun des vôtres en a deux !

Ce trait vous suffira, je pense. —

Pouvait-il leur riposter mieux ?

Mais nul ne se connaît lui-même ; Le plus chétif s’estime et s’aime, Et dans ce monde que voit-on ?

La pelle raillant le fourgon.

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