LE DROMADAIRE ET LES DEUX CHAMEAUX
Certain beau jour un dromadaire Partait pour la terre étrangère , Et sous le poids de son fardeau , Leste encore, il faisait le beau ; Tout heureux de prendre le large, Il paraissait fier de sa charge.
Deux chameaux dirent : —Ce bossu Semble de Jupiter issu, Tant l’orgueilleux se dresse, et pourtant, je vous prie, Se doit-on estimer bâti dans ce goût-là ?
Hé! Monsieur du gros dos, un peu de modestie ! — Les chameaux, en disant cela, Toisaient du haut en bas le pauvre dromadaire,
Qui, quoique bon, ne put se taire.
— Montrez-vous, leur dit-il, un peu moins dédaigneux. De quel droit vous livrer à cette impertinence ?
Si mon dos offre une éminence,
Chacun des vôtres en a deux !
Ce trait vous suffira, je pense. —
Pouvait-il leur riposter mieux ?
Mais nul ne se connaît lui-même ; Le plus chétif s’estime et s’aime, Et dans ce monde que voit-on ?
La pelle raillant le fourgon.