‹ FablesChapitre 70 sur 121 · LE LAPIN ET LE SERPENT · texte numérisé non relu

LE LAPIN ET LE SERPENT

Un Lapin vit un gros Serpent :

Tout d’abord la terreur le glace.

Bientôt il fait un bond pour fuir. L'autre en rampant Le devance soudain et le regarde en face.

A chaque bond nouveau, Jeannot est devancé.

Il rassemble tout son courage :

— De grâce, laisse-moi, dit-il, je suis pressé. Que peux-tu me vouloir ?-—Je veux te rendre hommage.—

—Hommage ?—Hé ! sans doute, il faut bien

Honorer un mérite aussi haut que le tien.

Oh ! le joli Lapin, il est blanc comme neige,

it dodu !.… que Dieu le protége — —Ce Serpent, dit Jeannot, n’est pas aussi méchant

Qu'il en a l'air. Ahlje te prie

Laisse-moi partir maintenant.— —Les jolis veux qu’il a ! Jeannot, je le parie, Est fort heureux dans ses amours.— —— Voilà, pensa Jeannot, un Serpent bien aimable ; Qu’il me veuille du mal ce n’est pas vraisemblable. — Le Serpent avançait toujours. —Pourquoi tant m’approcher ?—Pour te voir à mon aise. Qu'il est mignon, gentil et gras ! Ne te déplaise Je voudrais te toucher un peu, Mon cher, et te lécher.—Quoi ! me lécher, bon dieu !— —Par amitié, laisse-moi faire. — Et le Lapin y prit quelque plaisir. Pourtant Tout jeu qui dure trop finit par nous déplaire. — Ne pourrais-je à présent m’éloigner ? — Un instant. Comme ce poil est doux ! —Il le couvrait de bave, Et le Lapin tremblait : Jeannot n’était pas brave. — Assez, il faut...—Permets, Ô toi que j'aime tant, Que je t'étreigne.—Mais...— C’est par tendresse encore ; Accorde ce plaisir à ton admirateur.—

— Allons, fais. —I] l’étreint..…. et soudain le dévore.

Voilà le rôle du flatteur.

Page 1