LE POÈTE, LE ROSSIGNOL ET LE CHIEN
Un poète mal fagotté (Il en existe de la sorte Par goût, nécessité, n'importe! ) Se promenait aux champs par un beau jour d'été. Hélas ! à ses habits plus d’une déchirure Semblait un reproche au destin.
Cependant il suivait doucement son chemin Tout en admirant la nature, Peut-être composant des vers, lorsqu'un gros Chien S’échappant d’une métairie Coupe court à sa rêverie Et vient l’attaquer bel et bien.
A stupide ennemi que peut dire un poète ?
Le nôtre veut battre en retraite.
Il se presse ; le Chien le suit, Le harcelle, faisant grand bruit, Et, pour dernier trait, lui déchire L’un des pans de son pauvre habit, Le seul qu’il eût à ce qu’on dit; Et le poëte se retire, Calme ou furieux, je ne sais.
Le Chien tout fier de son succès Revient au logis. — Oh! le lâche, Lui dit un Rossignol. J'ai vu Ton procédé. Quoi, sans relàche Poursuivre un pauvre diable !—IT était mal vêtu. — —L’excellente raison ! Sais-{u , Quel est cet homme ?—Non.—Eh bien ! c’est un Poète, Un chantre comme moi. Souvent Dans un doux concert en plein vent À sa pauvreté j'ai fait fête.
Il vient me voir au bois fréquemment, nous causons. Ah! quel ramage nous faisons !
Je connais même sa mansarde Qu'il m’a fait voir de loin. Regarde Si tu n’es pas bien coupable. —Oui.
Mais tu dois m’excuser peut-être,
Car je n’ai fait ici que ce que fait mon maître
FABLE IX. 20i Avec les gens qui vont chez lui.
J'ai maltraité l’un de tes frères, J'en suis fâché , mais que veux-tu ? — Qu'on ait sous les haïllons plus ou moins de vertu,
Hélas ! hommes ni chiens ne s’en occupent guères.