LE VOYAGEUR ET LES CASTORS
Se trouvant dans le Canada, Un Voyageur se décida À transporter dans sa patrie Toute une tribu de Castors.
Ce Voyageur était un riche Anglais, dès-lors On n’est plus étonné de la bizarrerie.
— Je veux, dit notre riche Anglais, Disposer dans mon parc une verte savanne Où, sur Les bords d’un lac, et près d’un bois épais, Chaque Castor aura sa riante cabane, Construite par lui-même. Oh ! combien mes amis Applaudiront à mon idée ! — Il en a l’âme possédée
Au point de retourner bien vite en son pays,
Avec ses Castors. Il arrive, Et l’on arrange pour le mieux Un vaste enclos tout près d’une nappe d’eau vive Où ses hôtes industrieux Pourront mettre au grand jour leur imaginative. — Maintenant il faut les laisser Dans la solitude. —On les laisse, Mais non sans y souvent penser.
Après huit jours, l'Anglais s’empresse D’aller retrouver ses Castors.
Il ouvre de grands yeux. Il parcourt les bords Du lac. — Point de maison ! Non rien !.. Est-il possible Que rien encor ne soit visible ?— Il cherche ailleurs... pas plus heureux.
— Ces Castors sont des paresseux, Pensa notre homme, mais peut-être Est-il trop tôt : je suis impatient, c’est vrai.-— A la fin d’un nouveau délai Il vient.— Enfin, je vais connaître L'art merveilleux de ces maçons. — Il visite le lac, le bois, passe, repasse, Cherche partout... pas une trace De bâtisse... —Eh ! pourquoi faire tant de façons .
O messieurs les Castors ? dit notre homme en colère :
Que vous manque-t-il? Vous avez
De la mousse et de l’eau, du bois et de la terre, Et pour vivre le nécessaire.
Montrez donc vos talents, puisque vous le pouvez.— —Les mettre au jour est impossible, Lui répondit un vieux Castor, Car hélas ! il nous manque encor...— —Mais quoi? voyons : s’il m'est loisible...— ——Sans cette chose en vérité
H n’est point de génie. —Et c’est?—La liberté.