‹ FablesChapitre 73 sur 121 · OU LES MOTS ET LES CHOSES · texte numérisé non relu

OU LES MOTS ET LES CHOSES

Oh ! de l'esprit humain orgueilleuse faiblesse : Pleins de prétention et quelquefois bien sots, Les hommes se laissent sans cesse Attraper à l’appât des mots.

Mais, laissant les hommes, de grâce Occupons-nous des animaux Qui sont, à voir ce qui ce passe,

Par l'esprit et le cœur, pour le moins nos égaux.

Depuis longtemps vivant sans maitre, Les animaux étaient souvent En guerre civile et peut-être Étaient-ils moins heureux encor qu'auparavant,

S'entêter n’est pas raisonnable ;

On se résolüt à changer De gouvernement. Le danger Était d'en prendre un autre encor moins convenable. —Mais surtout pas de roi ! nul roi n’était sortable.— Héias !tout n’est qu'ennui, que péril ici-bas, On y cherche un bonheur qui ne s’y trouve pas. Le bonheur est le fruit de l'âme.

Chacun peut travailler au sien Par la sagesse ; mais la sagesse n’a rien Qui nous séduise et nous enflamme… Un Lion vint aux animaux Proposer de finir leurs maux En se chargeant de leurs affaires.

— Bien franchement, dit-il, vous ne trouveriez guères De plus digne maître que moi.

Je saurais régner et combattre :

Comme législateur et guerrier, j’en vaux quatre...— — Non, non, point de roi! non.—Hé! qui parle de roi ? Répondit le Lion, fi donc ! c’est autre chose Que mon dévoment vous propose.

Je serai votre directeur A vie et voilà tout : la distance est énorme ! Vous verrez ce que vaut cette nouvelle forme.

Je réponds de votre bonheur.—

— Ah ! c’est bien différent. —On crut le prometteur Et le Lion nommé directeur fut un maitre

Cent fois plus despote peut-être

Que les rois jadis renversés…

Le titre était nouveau, n’était-ce pas assez ?

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