OU LES MOTS ET LES CHOSES
Oh ! de l'esprit humain orgueilleuse faiblesse : Pleins de prétention et quelquefois bien sots, Les hommes se laissent sans cesse Attraper à l’appât des mots.
Mais, laissant les hommes, de grâce Occupons-nous des animaux Qui sont, à voir ce qui ce passe,
Par l'esprit et le cœur, pour le moins nos égaux.
Depuis longtemps vivant sans maitre, Les animaux étaient souvent En guerre civile et peut-être Étaient-ils moins heureux encor qu'auparavant,
S'entêter n’est pas raisonnable ;
On se résolüt à changer De gouvernement. Le danger Était d'en prendre un autre encor moins convenable. —Mais surtout pas de roi ! nul roi n’était sortable.— Héias !tout n’est qu'ennui, que péril ici-bas, On y cherche un bonheur qui ne s’y trouve pas. Le bonheur est le fruit de l'âme.
Chacun peut travailler au sien Par la sagesse ; mais la sagesse n’a rien Qui nous séduise et nous enflamme… Un Lion vint aux animaux Proposer de finir leurs maux En se chargeant de leurs affaires.
— Bien franchement, dit-il, vous ne trouveriez guères De plus digne maître que moi.
Je saurais régner et combattre :
Comme législateur et guerrier, j’en vaux quatre...— — Non, non, point de roi! non.—Hé! qui parle de roi ? Répondit le Lion, fi donc ! c’est autre chose Que mon dévoment vous propose.
Je serai votre directeur A vie et voilà tout : la distance est énorme ! Vous verrez ce que vaut cette nouvelle forme.
Je réponds de votre bonheur.—
— Ah ! c’est bien différent. —On crut le prometteur Et le Lion nommé directeur fut un maitre
Cent fois plus despote peut-être
Que les rois jadis renversés…
Le titre était nouveau, n’était-ce pas assez ?