‹ FablesChapitre 77 sur 121 · LE ROSSIGNOL ET LES CANARIS · texte numérisé non relu

LE ROSSIGNOL ET LES CANARIS

A Madame Florine M.

Un Rossignol fut mis en cage.

Je le plains fort; mais ici-bas

Est-il un être qui n’ait pas

Son triste ou brillant esclavage.

Que faire en cage? Il s’y mourait.

Un mètre au plus le séparait

D'une autre prison en grillage, |

Où vivaient quelques Canaris

Fort caressés et bien nourris.

Ce logis était leur patrie.

Que leur manquait-il, je vous prie ?

Is ne connaissaient point les bois ; Les champs n’avaient jamais retenti de leur voix :

On n’a pas de regrets pour les biens qu’on ignore.

Bientôt, voyant l’air consterné, Du voisin qui, lui, n’est pas né Dans l'esclavage, et que dévore Le souvenir de biens perdus, un Canari Tenta par son air favori De guérir la mélancolie Du prisonnier : c'était folie.

Cependant le chantre des bois Fut tiré de sa rêverie, Et cessa de penser pour la première fois A sa fraiche et verte patrie.

Le Canari redouble et l’autre de montrer, A son tour, ce qu’il savait faire.

Jugez de la surprise ! On cherche à s'inspirer Du chant de ce noble adversaire.

Sans doute on ne l’égale point, Mais on fait de son mieux : déjà c’est un grand point. Le plus brillant combat s'engage, Et, parmi de douces chansons, On apprend à filer des sons ; ù On charme tout le voisinage Par l’art et l'éclat de sa voix.

Voilà nos Canaris artistes cette fois,

Et le Rossignol dans sa cage

Oublia les champs et les bois.

Moi je finis par cet adage :

Talent vaut héritage,

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