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LE LION ET LE LOUP

Certain Lion vivait au mieux avec un Loup, Son voisin. {Le Lion est d’un bon caractère Surtout après diner.) Ce Loup, rusé compère, Choyait fort le Lion et le flattait beaucoup : Il y trouvait, dit-on, son compte.

Le Lion faisait-il bonne chasse ? il donnait Une part de gibier au Loup qui la prenait Après force façons. On conte Que, certain hiver, nos amis Souffrirent beaucoup l’un et l’autre :

Plus de gibier dans le pays.

En vain le pauvre Loup disait sa patenôtre, Tous les deux maigrissaient, Cependant le Lion

Fit la trouvaille d’un mouton,

Trainard infortuné d’un troupeau de passage.

Moutons, comme aujourd’hui l’on vous mangeait alors ! Le Éion étrangla celui-ci sans remords.

— L'emporter au logis est je crois le plus sage, Au retour je pourrai rejoindre le troupeau. — Et bientôt déchargé de son léger fardeau, Le Lion haletant se mit à la poursuite Du troupeau qui fuyait bien vite :

On avait flairé le glouton.

Cependant le Loup dit : — I] sent fort le mouton Ge matin. Qu'est ceci ? si nous visitions l’antre Du cher voisin. —Il court, il entre, Et voit le mouton étendu.

— Oh! Jupiter, dit-il, tu m’auras entendu, Et tu veux terminer ma peine Par cette aubaine.

Car ce mouton n’est là, j’en suis sûr, que pour moi. Si pourtant il était pour le Lion ?.. ma foi Tant pis pour lui, j’ai faim.—Sur le champ il dévore Le mouton... Il rongeait encore Un dernier os, quand le Lion Revient tout courant, mais à vide De sa vaine expédition.

I revient et la faim le guide

Vers sa ci-devant proie... Au bruit Que fait PAmphitryon, le Loup part et s'enfuit. De rage un instant immobile, Le Lion court : course inutile !

Rien qu’un mauvais 0s à ronger ; Mais il jura de se venger.

Un mois après, le Loup se laissa prendre au piège : Le Lion accourut aux hurlements... Que r’ai-je, Au lieu d’une plume un pinceau Pour tracer un digne tableau De l’un et l’autre personnage ?

Du Loup triste et penaud, du Lion plein de rage. Mais enfin le Loup dit :—Venge-toi, tu le peux, Fais-moi mourir si tu le veux.

Succomber sous ta griffe ou mourir d'autre sorte, Par le chasseur ou toi, qu'importe ?

Seulement crois bien que jamais Je n’ai méconnu tes bienfaits.

Ingrat ! moi, ton ami! mais la faim...—Je devrais, Dit le Lion, offrir à ta bassesse extrème Un prompt et rude châtiment ; Mais ce que je me dois de respect à moi-même Me prescrit d'agir autrement.

Je t'ai chéri jadis et cela te protége...—

FABLE XV. 219 D'un coup de dent soudain il déchire le piége… Courant à se rompre le cou, Le Loup s'enfuit je ne sais où. On doit imaginer ses transes.

Avait-il bien compris la grandeur de ce trait ?

Mais n'importe cela.

Le bienfait

Est la plus noble des vengeances.

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