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LA FLEUR AU BORD DE L’ABÎME

Au sommet d’un mont escarpé, Des jeunes gens jouaient ensemble, Riant, se poursuivant, se croisant : chacun tremble D’être le premier attrapé.

À peine ils effleuraient le tapis de verdure, Et leurs cris animaient cette agreste nature. Un vieillakd, témoin de leurs jeux, Y prenait un plaisir extrême.

Il lui semblait encore être à cet âge heureux Où, libre de tous soins, il s’ébattait de même. IL vit bientôt ces jeunes gens Près de lui venir à pas lents, Ils parlaient, se‘taisaient, rêvaient, parlaient encore.

Que se disaient-ils ? je l’ignore.

L'esprit rêve à leur âge et se plait à chercher. Sur le flanc noir de ce rocher Dont le sommet fertile offrait un lit de mousse, Une fleur existait: elle y semblait cacher Et l’éclat le plus vif et l'odeur la plus douce. Un jeune homme la voit :— Oh ! la charmante fleur. Elle se peut cueillir, courons-y, je vous prie: Son éclat, ses parfums, se forme, sa couleur Sont inconnus dans la prairie. — Le vieillard leur dit : — A quoi bon Vous risquer au bord de l’abime ?

N’est-il pas d’autres fleurs ? Du pied jusqu’à la cime, La montagne en compte à foison.— — Pauvre vieillard qui toujours tremble !

—Viens, frère, nous allons ensemble Atteindre, en un seul bond, à la reine des fleurs. — —De grâce demeurez ; si j’en crois mes terreurs...— Ils se lançent, hardis.. soudain, un cri s’élève, O malheur ! (ce n’est point un rêve!) Ils ont glissé tous deux, tous deux sont disparus.

Le vieillard les appelle. ls ne répondront plus.

Croissant au penchant de l’abime,

Cette fleur qui, brillante, anime Le feu dévorant du désir,

Quel est son nom? C’est le plaisir.

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