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LES DEUX POULES ET LE RENARD

Je hais fort les grands prometteurs ; Ils annoncent monts et merveilles, Et que naïit-il souvent de leurs discours flatteurs ?

Des catastrophes sans pareilles.

Par crainte de certain Renard, Un fermier tenait renfermées | En un solide enclos deux poules bien aimées, Et qui seraient pour lui d’un grand produit plus tard. Dés que Phébus allait visiter Amphitryte, Le Renard accourait bien vite.

Il tâchait de trouver à l’enclos quelque joint, Quelque trou mal bouché. Mais point :

Le Renard se donnait au diable.

FABLE XXIT.

Une nuit qu’il cherchait un hasard favorable, Il entendit causer gaiment Les Poules qui veillaient. — Comment !

Vous qui pour le monde êtes nées, Vous vivez ici condamnées Au plus complet isolement. Quel meurtre ! Je vais d’un message M'acquitter vers vous sans retard.

Lasses d’un cruel esclavage, Vos sœurs, contre un tyran avide et plein de rage, De la révolte, hier, ont levé l’étendard; Et toutes ont juré d’anéantir ces hommes, Qui dévorent leurs œufs et de qui vient ce mot : Mettre la Poule au pot.

Nous devons, tous tant que nous sommes, Travailler à ce résultat.

Votre concours, surtout, nous est fort nécessaire, Car vous devez entrer dans le futur sénat.

Quittez donc votre enclos pour voler vers un frère Qui vous doit guider au combat.— Ainsi parla notre hypocrite Aux Poulettes. — Partons bien vite, S'écria l’une, allons combattre avec nos sœurs :

S'affranchir de tyrans est une belie tâche.

Mettons un terme à des malheurs Qui nous accablent sans relâche.

Venez, ma sœur, volons vers ce noble étranger. — — Réfléchissons, répondit l’autre, Je tremble que ce messager | Ne fasse ici le bon apôtre, Pour nous attirer quelque part Où nous trouverions le Renard.

Tout beau diseur n’est pas le cœur noble qu’on pense : Le malheur est souvent si près de l’espérance ; C'est aux coqs à voler à de nobles hasards.

O ma sœur, restons où nous sommes.

Je tiens pour sûr que les Renards Valent moins encor que les hommes. — — Je vous reconnais là, voyant partout le mal. Et moi, sœur, je vous dis que l’homme est l’animal Le plus méchant de tous, et que nous devons faire Tout au monde pour l’accabler.

Bien doux sont à braver les hasards de la guerre ! Adieu donc, je vais m’envoler Pour rejoindre sans vous un frère. — — Ah ! de grâce, ma sœur, écoutez un moment, Songez..…. — Mais la voilà partie.

Le Renard en fit chère lie.

Tel qui juge légèrement

Souvent se trompe lourdement.

LE CASTOR ET LES SINGES

Certain Castor, à sa façon S’était construit une maison Bien fermée et de force à braver la tourmente. Quoi de mieux ? chaumière ou palais, Il y pouvait dormir en paix :

C'était bien la chose importante.

La maison achevée, il quitta le pays Et, pour huit jours, alla visiter ses amis.

Le Castor loin, vint une bande De Singes. L'un d'eux, grand parleur, Parcourut la maison et dit : — je me demande À quoi pensait le constructeur De cet ouvrage abominable.

Vraiment, ça ne vaut pas le diable,

LE CASTOR ET LES SINGES

| Que Faites-vous, 0 mes amis?

(AS xs maicon est renversée |

Point d'art, manque absolu de goût ; J'y cherche en vain un peu de style, Je vois du labeur, et c’est tout.

Triste effort d’un esprit stérile ! —

Et chacun d’applaudir. Un autre Singe dit :

— Franchement, n'est-ce pas dommage Qu'on ait de la sorte enlaidi Le plus ravissant paysage ?

Imaginez l'effet charmant Que ferait sur ce vert rivage Un véritable monument, Quelque chose de poétique,

- À fronton, avec un portique.

Et que vois-je à la place, une ignoble maison, Une abominable fabrique ! — Il se tut. Sans autre raison, Vingt Singes aussitôt de dire Que c’est un devoir de détruire L'édifice malencontreux Qui si fort offusque leurs yeux.

Bien vite on se met à l'ouvrage,

On brise, on démolit, on arrache, on fait rage. Nos Singes s’en donnaient encor,

Quand soudain revient le Castor.

Il regarde. plus rien... un amas de décombres Et des Singes, pareils à d’infernales ombres, Qui triomphaient sur ces débris.

— Que faites-vous, Ô mes amis ?

Quoi ! ma maison est renversée ! — — Le beau malheur ! La rive en est débarrassée. Votre maison gâtait l’aspect | D'un divin paysage, et, sauf votre respect, Ce n’était qu'une taupinière, Véritable outrage au bon goût, Facile à refaire après tout ; | Mais que vous construirez de toute autre manière. — — C'est à vous, messeigneurs, que j'en laisse le soin : Celui qui démolit sans ordre ni besoin Doit au moins savoir reconstruire. — La demande était juste, il y fallut souscrire : Impossible de reculer.

Les animaux de s’assembler Pour voir éclater le triomphe De nos démolisseurs. Au début, tout annonce De magnifiques résultats :

On prépare le sable, on entasse les pierres.

Mais bientôt maçons et goujats

Se plaignent de manquer des outils nécessaires.

FABLE XXIIL. 245

— Eh quoi ! vous manqueriez d'outils?

Mais les miens où donc étaient-ils ? — __ Pas un morceau de marbre ! Eh ! de grâce, que faire

Si l’on n’a qu’une ignoble pierre ? — Sauvez-vous par la forme, on prouve son bon goût

A l’aide du dessin surtout.

Allez, la foule vous observe. — Par malheur, ce jour-là, on n’était pas en verve. __ Attendez à demain. Oh ! demain, sans manquer, Artistes et maçons se feront remarquer. —-

Le lendemain nouvel obstacle :

Le bois manquait. La mousse était rare en ces lieux. Puis il pleuvait sans cesse; on s’en prenait aux Dieux ; Et, dans son impuissance, on voyait un miracle.

La foule de siffler. Bonne fut la leçon.

Jamais démolisseur ne sut faire un maçon.

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