UN ABIME AUX DEGRÉS DE MARBRE
Au sein d’un bois épais, aux loups abandonné, Deux bergers égarés trouvèrent un abime :
D’arbustes et de fleurs le gouffre était orné.
Tout rempli de l’effroi que sa grandeur imprime, Malgré soi, vers ses bords l’on était entrainé.
Des degrés de granit partaient de l’orifice
De ce gouffre béant que sonde le regard ;
Is semblaient inviter à tenter le hasard
Des secrets enfouis au fond du précipice.
Jacques, l’un des bergers, dit à Claude : — Vois-tu Cet escalier de marbre et ces fleurs sans pareilles ? Ne devines-tu point que d’étranges merveilles
Se trouvent dans le fond de cet antre inconnu ?
De l'or en abondance est Ià caché, je gage. — —Oh ! que ce gouffre est noir ! aurais-tu le Courage ?..—
— Je suis las d’être pauvre et veux tenter le sort.
Descendons.—Nous pourrions ne trouver que la mort.— — N'importe, viens, suis-moi.— Moi, te suivre ! je reste, Je suis content d’un sort modeste Et veux mourir où je suis né. — — Dès longtemps j'ai juré de quitter ma chaumiere ; Aux plaisirs, aux grandeurs je me sens destiné : En voici le chemin. — Sans guide, sans lumière ? — — J'ai bon courage, adieu !—Que fais-tu ?— Le berger, - Ecartant les rameaux de l’acanthe et du lierre, Descend avec lenteur sur la glissante pierre, Et Claude, mesurant la grandeur du danger, Se suspend sur l’abime et retient son haleine ; il poursuit du regard, il écoute marcher jacques l’ambitieux que l'espérance entraine. — On dirait que le sang a rougi le rocher, Dit Jacques, qu’un reptile...— On l’entendait à peine. Il avance. Au rocher s'appuyant d’une main, A l’aide d’un bâton il se guide... Soudain L’escalier s’interrompt, plus rien... rien que le vide! Le berger tremble enfin ; mais, à son cœur avide, Je ne sais quel mirage offre des monceaux d’or. — À quelques pieds au plus doit être le trésor. — Il saute... À mille pieds est le fond de l'abime.
On devine sa fin... C'était l’antre du crime.
Lé