DE VILLAGE
Pour une fête de village,
Un programme avait été fait:
Un concert du plus grand effet
Devait avoir lieu sous l’ombrage.
Tout un essaim de villageois
Y ferait un assaut de voix ;
On combattrait avec la flûte
Et le hautbois. Après la lutte,
Le vainqueur serait nommé roi De la fête. Il pourrait se choisir une reine ,
Et lui présenter une chaîne
Forgée en or de bon aloi.
Cela fit du bruit dans le monde ;
On en parla fort à la ronde,
Dans les prés, dans les bois, même au sein des roseaux; Tout s’en émut, jusqu'aux oiseaux.
— Ah!dit un rossignol, serait-ce trop d’audace A moi d'espérer une place Dans ce concert? non pas une place d'honneur, Mais un tout petit coin d’où j'aurais le bonheur De chanter une chansonnette, Une romance, une ariette, Enfin d’offrir ce que je sais.
Je n’obtiendrais pas grand succès ; Mais j'aurais apporté mon tribut à la fête ; N'est-ce pas un devoir ?..…. Pourtant, ce qui m’arrèête, C’est la crainte de me tromper Sur mon talent, et d'occuper Un temps bien mieux rempli peut-être Par quelque autre chanteur, mon maitre...
Décidément, je me tairai. — —ÆEh bien ! dit un Moineau, c’est moi qui chanterai, Et vous en aurez des nouvelles :
Ces hommes sont plaisants de vouloir l'emporter Dans l'art périlleux de chanter !
Nous leur en ferons voir de belles. — .…... Le concert commencé, le Moineau se lança ;
Son chant monotone offensa
Les moins délicates oreilles.
Il crut pourtant faire merveilles Et fixer seul l'attention.
Un autre obtint le prix, grande fut sa colère.
La médiocrité ne va pas d'ordinaire
Sans beaucoup de présomption.