LE GRAND SEIGNEUR, LE BONHEUR ET SON COMPAGNON
Un Homme, après de grands efforts, Vit arriver à lui les honneurs, la richesse ; En outre, il avait la jeunesse Et la santé ; plus rien ne lui manquait dès-lors. Il soupirait pourtant. Un beau jour il appelle Le Bonheur à grands cris. Le Bonheur met du zèle À contenter les vœux des grands ; Il vint donc sur l'aile des vents. — Parle, que me veux-tu ? Commande ; Je consens à remplir ta plus folle demande. — L'Homme riche voulut un palais somptueux, Qui pût éblouir tous les yeux, Une habitation digne de son mérite.
Le Bonheur la créa bien vite.
Puis, le Bonheur parla de s'éloigner. — Déjà ? — — D'autres m'ont appelé, l’on m'attend ; mais j'ai là Un compagnon que je te laisse ; C'est un intime ami; bonsoir donc ! le temps presse. Quelque jour, tu pourras de nouveau m’appeler.… Eh ! compagnon, viens t'installer Chez ce Seigneur.—H] part.—Que cet autre est maussade: Quelle conversation fade !
Le Bonheur a fait choix d’un singulier ami.
Il a toujours l’air endormi !
À peine s’il a quelque usage ; 1! bäille constamment. Le triste personnage ! Cher Bonheur, reviens à ma voix ! — Le Bonheur accourut. — Que veux-tu cette fois ? — — Je voudrais du talent ; j'aurais besoin de gloire. Je serais, j'en conviens, mille fois plus heureux, Si mon nom s’inscrivait au temple de mémoire. O Bonheur, tu connais le plus cher de mes vœux. — Le Bonheur lui dicta le modèle des livres.
Ce livre est bien vite imprimé, On le lit, on le cite, il est fort estimé.
Mais déjà le Bonheur veut partir. — Tu me livres À ton maussade compagnon ;
O Bonheur, par pitié, change-le., — Vraiment non.
Tu m’appelles ; je viens ; tes vœux remplis, il reste. Aimable ou non, tu dois t’accommoder de lui, Nos destins sont fixés par un décret céleste :
Après le Bonheur, vient l’Ennui. —-
sex.