‹ FablesChapitre 98 sur 121 · LE LIÈVRE, LE MERLE ET L'ANE · texte numérisé non relu

LE LIÈVRE, LE MERLE ET L'ANE

Un Lièvre fuyait un chasseur Qui menaçait sa pauvre vie ; Toute une meute en furie

Le poursuivait avec ardeur.

Jeu stupide ! fureur étrange !.…

Le Lièvre enfin donne le change

À cette troupe de méchants ;

1} passe un étang à la nage,

Fait cent crochets, gagne les champs, Et cherche à profiter d'un premier avantage.

Mais rien pour se cacher, pas le moindre bosquet : Pas un terrier, non, rien qu’une immense prairie. Là, perché sur un saule unique, on remarquait

Un Merle. — Ami, je vous en prie,

Daignez me donner un conseil :

On dit que vous avez un esprit sans pareil ; Vous pourrez me sauver la vie.

Ai-je fait du mal à quelqu'un ?

M'a-t-on vu quelquefois médisant importun ?

Jamais... mais, écoutez... on accourt, on s’avance. Tirez-moi du danger, et ma reconnaissance... — — Hé ! que peut mon esprit? Vous semblez fatigué, Vous êtes poursuivi, traqué ; Je n’aperçois au loin qu’une vaste prairie, Qu'un océan de fleurs ; il faut vous décider À changer bientôt de patrie.:

Mourir est un malheur qu’on aime à retarder ; Mais il faut le subir. Passer dans l’autre monde À l'instant ou demain, qu'importe ? Une seconde Suffit à ce voyage. Allons ; tenez-vous prêt À le faire gaiment : vous mourrez avec gloire. L’ennemi chantera victoire, Et fera de vous un civet, Morceau fin, morceau délectable, Qui sera l'honneur de sa table.

Ainsi, résignez-vous, à moins que ce Baudet, Que je vois si doucement paître, Ne soit d’un préférable avis.

C’est une forte tête, il connaît le pays ;

Jl pourra vous sauver peut-être. — Le Lièvre va trouver le paisible animal, Qui paissait sans penser à mal.

Il lui conte en deux mots l'affaire :

— Sauvez-moi, cher ami Grison.

Oh! ciel! ne plus revoir mes petits et leur mère : Soyez sensible à ma misère :

Où fuir ! où me cacher ? — Venez à la maison, Ditl’Ane, elle est tout près. Dans un demi-quart d'heure, Nous aurons atteint ma demeure.

Là, vous pourrez, dans un fumier, Dérouter le plus fin limier. — L'Ane part aussitôt; il court, rase la terre... — Ah! dit le Lièvre qui le suit, Une once de bon caractère

— Vaut mieux que vingt livres d'esprit.

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