‹ FablesChapitre 99 sur 121 · LE CRIME ET L'HOMME PAUVYRE · texte numérisé non relu

LE CRIME ET L'HOMME PAUVYRE

Un jour, le Crime alla frapper à la demeure D'un Homme longtemps vertueux :

— Accorde-moi, de grâce, un abri pour une heure ; Ouvre-moi , je suis généreux :

A peine si tu vis d’un modeste salaire ; Tu ne connais point les plaisirs ; Je mettrai fin à ta misère.

Tu pourras te mêler aux heureux de la terre

Et donner plein essor à de vastes désirs. — Le pauvre homme entr'ouvrit sa porte, Et put contempler de la sorte Ce grand prometteur. — Non, va-t-en, Dit-il : tu me fais peur. Satan Doit paraître moins effroyable.

Laisse-moi. Jusqu'ici j’ai vécu misérable,

Mais content, toutefois, plein de gaîté, dispos, Goüûtant la nuit un doux repos, Toujours satisfait de ma table ;

Et je consentirais..… Non, non. — Voici de l'or. —

— Quoi! tout ceci?...— Tiens; prends encor.

Dans ta demeure hospitalière,

Les grandeurs vont entrer ; ouvre-leur promptement.—

L'Homme ouvrit, et le Crime entra furtivement.

D'une empreinte sanglante il souilla la chaumière ; Puis, l'ayant changée en palais,

Il y dormit une heure et partit dès l’aurore.

— Te voilà riche, adieu: je te quitte à jamais. —

Le soir était venu ; l'Homme rêvait encore :

Plus de contentement, de gaîté, d’appétit;

Sans cesse à ses côtés, il voit errer une ombre ; Son palais est désert et sombre.

Il demande en pleurant le ssmmeil à son lit,

Lit moëlleux où son hôte a reposé la nuit.

Mais, dans ce lit couvert des toiles les plus fines,

Jamais il ne pourra dormir ni sommeiller.

Le malheureux espère en vain : son oreiller

Est pour toujours rempli d’épines.

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