L'AGNEAU ET LE GLOUTON
Un agneau sans expérience, Qui n’étalait point de science Et ne faisait point de discours Comme les jeunes de nos jours, Un matin, je ne sais par quelle fantaisie, S’éloigna du berger Qui seul pouvait le protéger.
Peut-être les grands bois tout remplis d’ambroisie, De soupirs émouvants
Et d'ombrages mouvants, De quelque manière invincible L'attiraient-ils vers eux.
C’est après tout possible ; Et les esprits rêveurs et les cœurs amoureux Comprendront bien cela, je crois, sans que j'insiste. Que le malheureux qui résiste Aux appels enivrants de la nature en fleurs, Et qui ne sut jamais répandre de doux pleurs Devant la prière touchante De la forêt qui chante, Ne trouve ni le motif suftisant, Ni le conte amusant, C’est son affaire, Laissons le faire, Et revenons à notre agneau.
Un matin, je viens de le dire, Pris de je ne sais quel délire, Il quitta berger et troupeau Pour s’enfoncer, broutant l’herbage, Dans la forêt sauvage.
Il rencontra bientôt un énorme glouton, Et la peur le cloua sur place :
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