FABLE PREMIÈRE LE CYGNE
Dans la nappe d’or d’un flenve paisible, À l'heure où s’en va le bac du pêcheur, Un eygne mirait, fier de sa blancheur, En se balancant, son galbe flexible :
Puis autour de lui des cercles nouveaux, l'oujours s'éloignant sur les claires eaux,
Tracaient tour à tour comme une auréole, Un poisson jaloux, prenant la parole,
Aux autres poissons dit en le voyant :
—Souffrirons-nous done dans notre domaine Ce fier étrangér au col ondoyant ?
Son vol l’apporta que son vol l’emmène ;
Il est un oiseau, non pas un poisson.
—Qu'il s’en aille loin! dit, à l'unisson, Le chœur menacant des poissons stupides, Et tous contre lui s’élancent alors.
Le cygne ouvre, ému, ses ailes rapides Et vole en chantant jusque sur les bords.
— De quel droit viens-tu ? dit un quadrupède, Sortant irrité de l'ombre des bois—
Je ne souffre pas qu'on me dépossède ; Va-t-en dans les airs.
Le cygne, aux abois, Nagea dans l'air pur et dans la lumière, Modulant encore un’soupir divin.