LIVRE TROISIÈME
Des esprits sérieux-et des cœurs bienfaisants. Auprès de leurs travaux bien humble est mon ouvrage Et je sens quelquefois s’affaisser mon courage.
Laisserai-je pourtant mon livre inachevé ?
Comme le grain de sénevé Il deviendra peut-être un arbre au rameau sombre
Qui prêtera son ombre Au voyageur fatigué.
Ecrivons done encor: que m'importe le blâme Si mes récits, enfants, charment votre jeune âme ? Parmi les ennuyeux si je suis relégué, J'aurai pour m’excuser le désir de vous plaire
En vous donnant de bons conseils.
Vous m'offrirez vos fronts vermeils, Je les embrasserai, ce sera mon salaire.
Je vais dire aujourd’hui l’histoire d’un coquin ; Une assez longue histoire Que vous conserverez bien dans votre mémoire, Car on ne la trouve plus, même dans le bouquin. Le coquin dont je parle était un jeune lièvre. C’est drôle, n’est-ce pas? et l’on n'aurait pas cru Que ce triste animal put avoir un mot cru Sur la lèvre Et de l’audace dans le cœur.
Drôle si vous voulez, c'était un escroqueur.
Il est vrai qu’il était sauvage, Qu'il habitait un trou pratiqué dans le sol : Mais ca m'explique point son gran L penchant au vol ; Car nul ne fait plus grand ravage Dans le domaine du prochain Que l’homme, — L'homme civilisé, s'entend, —soit qu'il se nomme Sujet ou souverain.
Fatigué de ronger des bourgeons d’épinette, De gruger du sapin, Notre héros, un bon matin, Quitta sa maisonnette— Si l’on peut d’un tel nom appeler un vi! trou.— Il ne savait ni peu ni prou Vers quels lieux diriger sa course ; Mais le hasard est la ressource De ceux qui n’en ont pas.
Tout en réfléchissant, il dirigea ses pas A travers champs, vers une étable.
Il fut bien inspiré, Car, à peine est-il entré, Qu'un rat qui se mettait à table L'invite à s'approcher et lui présente un œuf.